Yellowface

Couverture du livre Yellowface : deux yeux en amande sur un fond jaune

  • Titre du livre: Yellowface
  • Auteur: Rebecca F. Kuang
  • Editeur: Ellipsis
  • 347 pages – EAN : 9782385620134
  • Parution: 2 mai 2024

Résumé de Yellowface

C’est une histoire magistrale racontée par la mauvaise personne.

June Hayward et Athena Liu ont étudié ensemble à Yale, ont déménagé à Washington après avoir obtenu leur diplôme et sont toutes les deux écrivaines, mais les similitudes s’arrêtent là. Athena est une étoile montante de la littérature, et June n’est personne. Après tout, qui s’intéresse de nos jours aux histoires d’une fille blanche aussi banale qu’elle ?

Lorsqu’elle assiste à la mort d’Athena dans un accident invraisemblable, June agit donc sans réfléchir et vole le manuscrit que son amie et rivale vient de terminer – un roman sur les contributions méconnues du corps des travailleurs chinois pendant la Première Guerre mondiale. Et si June corrigeait le récit et l’envoyait à son agent comme s’il s’agissait de son propre travail ? Et si elle adoptait le nom de Juniper Song et jouait sur l’ambigüité de son origine ethnique ? Quelle qu’en soit l’autrice, ce morceau d’histoire ne mérite-t-il pas d’être raconté ?

Mais June ne peut échapper à l’ombre d’Athena, et des révélations menacent de faire s’écrouler son succès volé.

Jusqu’où sera-t-elle prête à aller pour protéger son secret ?

A propos de Rebecca F. Kuang

Rebecca F. Kuang est une autrice sino-américaine née en 1996, principalement connue pour ses romans de fantasy et de fiction historique. Après des études à l’Université de Georgetown et à l’Université de Cambridge, Kuang s’est rapidement imposée sur la scène littéraire avec sa trilogie La Guerre du Pavot (Actes Sud, 2022), un cycle de fantasy historique inspiré de l’histoire moderne de la Chine.

Avec Yellowface, publié en 2023, Kuang change de registre en s’attaquant à une satire contemporaine, tout en conservant son regard aiguisé sur les questions sociales, notamment le racisme, l’appropriation culturelle et les dynamiques de pouvoir dans le milieu littéraire. Sa carrière, à la croisée de la fiction et de la recherche académique, se distingue par la profondeur de ses réflexions et la pertinence de ses thématiques.

A propos de Yellowface

Dans Yellowface, nous suivons June Hayward, une autrice blanche en difficulté qui voit une opportunité se présenter de manière inattendue. Lors d’une soirée, elle assiste à la mort soudaine de son amie et collègue Athena Liu, une autrice asiatique acclamée. En récupérant le dernier manuscrit inachevé d’Athena, June décide de le publier sous son propre nom, mais choisit un pseudonyme – Juniper Song – pour marquer ce changement de carrière.

À l’origine, June ne cherche pas à se faire passer pour une personne d’origine asiatique. Cependant, son pseudonyme, à consonance ambiguë, pousse les gens à supposer qu’elle l’est, et June ne fait rien pour les détromper. Ainsi, sans le vouloir au départ, elle se retrouve au cœur d’une controverse sur l’appropriation culturelle et le racisme, à mesure que son succès grandit. Les questions de légitimité et d’identité sont au cœur de cette intrigue, qui expose la manière dont les perceptions du public peuvent modeler et déformer la réalité.

Le roman plonge également dans les coulisses du monde de l’édition, dépeignant les tensions entre diversité et exploitation commerciale. En parallèle, il aborde la violence du harcèlement en ligne, notamment à travers la cancel culture, et l’impact dévastateur que peuvent avoir les réseaux sociaux sur la vie des auteurs.

Mon opinion sur le roman Yellowface

Yellowface est un roman captivant qui aborde avec intelligence des sujets contemporains sensibles comme l’appropriation culturelle et le racisme dans le milieu de l’édition. Ce qui rend l’histoire fascinante, c’est la manière dont Kuang montre que la situation échappe à June.

Au départ, June ne cherche pas sciemment à tromper son public sur ses origines. Cependant, elle profite d’un malentendu et s’enferme progressivement dans ce mensonge implicite. Jusqu’où peut-on aller sans assumer les conséquences d’un tel silence ? Kuang critique ici les dynamiques raciales dans l’édition, où les auteurs racisés sont souvent réduits à leurs identités culturelles, et poussés à produire des œuvres « authentiques » pour répondre aux attentes du marché.

Rebecca F. Kuang traite avec une grande subtilité la question de la légitimité à écrire sur des cultures ou des expériences autres que les siennes. L’histoire de June pose le débat de manière nuancée : un auteur doit-il écrire uniquement sur ce qu’il connaît personnellement ? Cela ne limite-t-il pas la fiction ? À mon avis, Kuang démontre bien que la fiction est un espace de liberté, mais cette liberté doit être accompagnée de responsabilité, de rigueur et d’une grande attention à ne pas perpétuer des stéréotypes ou des discours offensants.

En tant que passionnée du monde de l’édition, j’ai particulièrement apprécié les aspects du roman qui dévoilent les coulisses de l’industrie du livre. Elle nous fait découvrir des aspects peu connus, comme le rôle des « lecteurs de sensibilité », des experts chargés de repérer les éléments potentiellement offensants dans les manuscrits avant leur publication. Cela souligne la complexité de la gestion des questions culturelles dans la littérature contemporaine. Le roman traite également des ravages du cyberharcèlement et de la cancel culture, mais je n’en dirais pas plus pour éviter les spoilers…

Conclusion

En conclusion, Yellowface est un roman à la fois divertissant et stimulant intellectuellement. Il explore avec finesse des thématiques contemporaines telles que la légitimité dans l’écriture, le racisme, et l’influence des réseaux sociaux sur la vie publique.

Toutefois, si j’ai été captivée par l’histoire et l’intrigue, j’ai été un peu déçue par la qualité de la traduction française. Certains passages paraissent trop calqués sur l’anglais, ce qui nuit à la fluidité du texte. D’autres critiques ont relevé ce problème, donc je ne suis manifestement pas la seule à avoir été gênée par ces maladresses.

Si la traduction française présente quelques faiblesses, cela n’enlève rien à la pertinence des questions soulevées, ni à la qualité de l’intrigue. Un livre à lire absolument pour ses réflexions profondes et son regard acéré sur le milieu littéraire.

Je terminerai par une citation qui m’a fait sourire : un tacle pas du tout subtil sur les lecteurs français. « Personne ne se vend bien en France. Si les Français t’apprécient, tu sais que tu fais carrément fausse route ».

Acheté au Relay de Gare de l’Est le 26/06/2024 – Critique rédigée le 16/09/2024

Publié par Meana

Passionnée par les pays d’Asie du Sud-Est et leur culture depuis plus de 15 ans, j’ai voyagé en Chine, Corée du Sud, Japon et Taïwan. J’ai même vécu un an à Pékin ! Je m’intéresse particulièrement à la portée historique des lieux et concepts, et aux habitudes de vie asiatiques.

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