Les temples bouddhistes de Corée du Sud regorgent de symboles et de traditions qui plongent les visiteurs dans une expérience à la fois spirituelle et culturelle. Parmi ces pratiques, les tuiles de prière se distinguent comme un rite à la fois ancien et contemporain, offrant aux fidèles une façon tangible de formuler leurs vœux et prières. En inscrivant des messages sur ces tuiles, les croyants espèrent que leurs souhaits seront exaucés, tout en participant à la préservation des temples sacrés.
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Lire l'article❀ Découverte de cette pratique votive ❀
La première fois que j’ai entendu parler des tuiles de prière, c’était en regardant un épisode du drama Love Next Door.

Dans l’épisode 5, quatre femmes visitent un temple bouddhiste et s’attardent pour écrire des vœux pour leurs proches. Chacune prend alors un moment pour inscrire des souhaits sur une tuile destinée à rester dans le temple. Elles prient notamment pour la réussite d’un examen de la fonction publique, le succès d’un restaurant, ou encore le mariage d’un enfant.
Nous avons visité de nombreux temples lors de nos voyages en Corée du Sud. Mais je n’avais jamais réellement fait attention à ces tuiles avant de les voir dans ce drama !
Lors de notre visite au Yonggungsa Temple (Incheon), j’avais vu des piles de tuiles dans un coin, mais sans comprendre leur véritable signification. En faisant mes recherches et en vérifiant mes photos, je me suis aperçue que cela se faisait également au Beomeosa Temple (Busan) et au Haedong Yonggungsa Temple (Busan).
Mais ce n’est qu’après avoir découvert leur importance dans Love Next Door que j’ai pris conscience de leur rôle symbolique. Voilà bien la preuve que les dramas peuvent être une excellente source d’information culturelle !
Si ce drama vous intéresse, vous pouvez le regarder sur Netflix !
❀ Histoire et origines des tuiles de prière ❀
Pour être honnête, j’ai été surprise du peu d’informations qu’on trouve sur les tuiles de prière. Que ce soit en français, en anglais ou en coréen, la majorité des résultats proviennent de stocks d’image. Mais en creusant un peu, voilà ce que j’ai trouvé !


Piles de tuiles de prière au temple Yonggungsa à Incheon (CR: Corall & Meana, 24 octobre 2022)
Une pratique ancrée dans l’histoire bouddhiste
Les tuiles de prière sont appelées « 소원 기와 » (sowon giwa) en coréen. Il s’agit en fait d’une forme moderne de pratique spirituelle qui trouve ses racines dans l’histoire millénaire du bouddhisme. Ces tuiles, faites de céramique ou parfois de bois, permettent aux fidèles d’écrire des prières pour eux-mêmes ou leurs proches. Une fois inscrites, les tuiles sont ensuite déposées dans des sections spécifiques du temple. Elles y resteront alors pour symboliser les prières continues des croyants.
La tuile, un élément fondamental de l’architecture coréenne traditionnelle, est historiquement utilisée pour la construction des toits des temples bouddhistes. En Corée, la contribution à la construction des temples, notamment par la donation de tuiles, a longtemps été vue comme une manière d’accumuler des mérites spirituels et de favoriser une protection karmique.
Cette idée de protection symbolique a par la suite progressivement évolué. Elle a ainsi donné naissance à la tradition d’inscrire des vœux et des prières sur ces tuiles.
Symbolisme spirituel : Protection et stabilité
Dans le bouddhisme, les toitures des temples, recouvertes de tuiles, protègent les structures internes où se trouvent les statues sacrées et les reliques. Les tuiles représentent donc une barrière protectrice contre les éléments. Mais c’est aussi une métaphore spirituelle pour la protection des fidèles contre les malheurs et les difficultés de la vie.
Inscrire des prières sur ces tuiles permet en fait d’ancrer les souhaits dans un objet physique qui protège le temple, tout en donnant aux croyants un sentiment de continuité spirituelle. Les prières peuvent concerner des aspects variés de la vie : des vœux de santé, de prospérité, de succès aux examens, ou encore des prières pour la paix intérieure et la protection de la famille.
Origine et évolution des tuiles de prière
Les pratiques votives existent depuis des siècles dans le bouddhisme. Mais l’idée d’utiliser des tuiles comme support pour des prières a évolué avec le temps. Traditionnellement, contribuer à la construction d’un temple ou à la restauration de ses structures permettait aux croyants de manifester leur dévotion et d’obtenir des mérites karmiques. Le développement de la pratique des tuiles de prière telle que nous la connaissons aujourd’hui remonte probablement au XXe siècle, avec la modernisation des temples et l’essor du tourisme religieux en Corée du Sud.
Dans les décennies récentes, plusieurs temples ont commencé à proposer aux visiteurs et fidèles d’inscrire leurs prières sur des tuiles. Cela se fait en échange d’une contribution financière modeste, qui sert souvent à financer la restauration ou l’entretien des lieux. Cette pratique a ainsi transformé un geste ancien d’offrande en une forme interactive de prière, accessible à tous.
Difficile de trouver des estimations concernant le montant de cette contribution financière. Mais selon une photo illustrant un article de la Korea Civil Reporter Association en 2022, cela coûtait 10.000 wons au Haedong Yonggungsa Temple (Busan), soit entre 6 et 7€.
Comment fonctionne la pratique des tuiles de prière ?
Le processus est simple, mais rempli de symbolisme et de spiritualité :
- Accès aux tuiles. Les visiteurs peuvent généralement acheter des tuiles ou des plaques en bois dans les temples pour un prix modique. L’argent récolté est souvent destiné à la préservation des lieux ou à des œuvres de charité.
- Inscription des vœux. Une fois la tuile acquise, les croyants inscrivent dessus leurs prières ou leurs souhaits personnels. Les messages sont variés, allant de demandes de réussite professionnelle ou académique à des prières pour la santé et le bien-être de la famille.
- Dépôt des tuiles. Une fois la prière écrite, les tuiles sont déposées dans un espace spécifique du temple. Elles peuvent être installées dans un sanctuaire dédié ou intégrées aux structures existantes du temple, parfois même sur les toitures elles-mêmes.

❀ La face cachée des tuiles de prière ❀
Bien que la tradition des tuiles de prière soit profondément ancrée dans le bouddhisme coréen, elle n’est pas exempte de controverses. Plusieurs sources coréennes ont ainsi révélé que ces objets sacrés, payés et utilisés par les fidèles avec dévotion, ne sont pas toujours traités avec le soin qu’on pourrait attendre.
Controverses et mauvaise utilisation
En 2021, un officiel de l’ordre Jogye, la principale organisation bouddhiste en Corée du Sud, a admis que les tuiles de prière sont souvent utilisées dans la construction des temples, notamment lors des rénovations. Selon lui, le sort des tuiles trop anciennes ou endommagées dépend de la discrétion de chaque temple. Bien que certaines soient soigneusement préservées, d’autres sont réutilisées de manière plus pragmatique.
Cependant, des fidèles ont exprimé leur déception quant à la manière dont ces objets, porteurs de prières, sont parfois traités.
Par exemple, une internaute en 2009 a relaté qu’une tuile de prière avait été coupée en deux et placée sur un muret de temple, perdant ainsi tout son caractère sacré. Elle a également rapporté que les lanternes dans lesquelles des prières sont inscrites ne sont parfois pas mieux traitées, le papier contenant la prière étant déchiré ou endommagé au fil du temps.
La situation a pris une tournure encore plus problématique en 2021, lorsqu’un scandale a éclaté dans la presse coréenne. Des tuiles de prière ont été retrouvées enterrées dans du ciment sur un chemin menant à une résidence isolée en montagne. Ces tuiles, piétinées et endommagées, avaient perdu leurs inscriptions, laissant les prières qui y étaient gravées disparaître lentement. Cette découverte a suscité une vague d’indignation parmi les fidèles. Et cela a remis en question la manière dont ces objets spirituels sont gérés dans certains temples.
Une pratique spirituelle menacée par la négligence ?
Cette mauvaise gestion des tuiles de prière a soulevé des questions sur la manière dont les temples gèrent ces offrandes votives. Pour beaucoup de fidèles, ces tuiles sont bien plus que de simples objets matériels. Elles représentent leurs espoirs, leurs rêves et leurs prières les plus intimes. Certains y inscrivent même des informations personnelles, comme des noms ou des adresses.
Les voir maltraitées ou négligées est perçu comme un manque de respect. Non seulement envers ceux qui ont pris le temps d’inscrire ces prières, mais aussi envers la tradition elle-même !
Cette controverse a poussé certains temples à repenser la manière dont ils traitent ces tuiles. Ils ont alors garantit qu’elles seraient préservées ou recyclées d’une manière qui respecte leur valeur spirituelle. Cependant, il est évident que des disparités existent selon les lieux et que certaines pratiques restent critiquées.
❀ Et en dehors de la Corée du Sud ? ❀
La situation en Corée du Nord
En Corée du Nord, les tuiles de prière n’existent probablement pas sous une forme publique. Cela s’explique par le contrôle strict exercé par le régime sur la pratique religieuse. Le gouvernement nord-coréen adopte une position officielle d’athéisme d’État. La pratique du bouddhisme est donc limitée à des temples sous surveillance gouvernementale.
Quelques temples bouddhistes existent encore en Corée du Nord. Mais ils fonctionnent principalement comme des sites patrimoniaux ou touristiques et non comme des lieux de pratique religieuse active. Les croyants, dans ce contexte, n’auraient pas la liberté d’exprimer leurs prières de cette manière.
Pratiques similaires en Asie
Les tuiles de prière s’inscrivent dans une tradition plus large de pratiques votives en Asie. Les supports varient cependant selon les pays et cultures.
- Japon. Dans les sanctuaires shinto, il est courant de trouver des ema, de petites plaques en bois sur lesquelles les fidèles inscrivent leurs vœux. Ces plaques sont ensuite suspendues dans des espaces spécifiques du sanctuaire.
- Chine. Les prières sont souvent inscrites sur des rubans rouges, des cloches de prière ou des tablettes de bois. Ces objets sont ensuite accrochés dans les temples ou laissés à des endroits sacrés pour attirer la bénédiction divine.
- Asie du Sud-Est. Dans des pays comme la Thaïlande ou la Birmanie, il est commun de faire des offrandes votives sous forme de feuilles d’or ou de déposer des vœux écrits sur des cloches ou des pierres autour des temples.
Retrouvez plus d’infos sur les ema juste ici :
Le shintoïsme, compagnon omniprésent du quotidien japonais
Le shinto, ou shintoïsme, 神道 en japonais (la voie des dieux, ou la voie du divin) est l’un des deux courants religieux principaux au Japon, le second étant le bouddhisme. Il existe au Japon de façon continue depuis la Préhistoire.
Lire l'article❀ Conclusion ❀

Les tuiles de prière des temples bouddhistes coréens sont une belle manifestation d’une pratique ancienne, réinventée pour s’adapter aux besoins spirituels des fidèles contemporains. Elles incarnent à la fois une expression personnelle de dévotion et un acte de préservation des traditions culturelles et architecturales. Que l’on soit croyant ou simple visiteur, l’inscription d’un vœu sur une tuile devient un moment de réflexion et de spiritualité dans un monde souvent déconnecté de ces valeurs.
Visiter un temple en Corée du Sud, c’est non seulement se plonger dans l’histoire du bouddhisme, mais aussi avoir l’opportunité de participer à cette tradition unique et d’y laisser, peut-être, une prière qui résonnera pour l’éternité.
Que vous soyez en quête de spiritualité ou simplement curieux de découvrir les traditions bouddhistes coréennes, laissez-vous inspirer lors de votre prochaine visite dans un temple. Avez-vous déjà écrit sur une tuile de prière ? Partagez votre expérience dans les commentaires ou dites-nous quelle prière vous laisseriez derrière vous !
Les sources
- “I saw a tile with a wish fulfillment written on it cut in “half”. Zoommastory.com, articles sur la vie quotidienne. 09/02/2009.
- “1000 tiles of Buddhist temple trampled, believers are angry”. Joongang.co.kr. 17/12/2021
- “Beautiful Korean temple ‘Haedong Yonggungsa’”. Civilreporter.co.kr. Korea Civil Reporter Association, 18/12/2022
