Le regard

DEMAIN…
Dans son registre, celui de l’investigation, Ruth Law est la meilleure. D’abord parce qu’elle est une femme, et que dans ce genre de boulot, on se méfie peu des femmes. Parce qu’elle ne lâche rien, non plus, ne laisse aucune place au hasard. Enfin, parce qu’elle est augmentée. De manière extrême et totalement illégale. Et tant pis pour sa santé, dont elle se moque dans les grandes largeurs — condamnée qu’elle est à se faire manipuler par son Régulateur, ce truc en elle qui gère l’ensemble de ses émotions, filtre ce qu’elle éprouve, lui assure des idées claires en toute circonstance. Et surtout lui évite de trop penser.

Brothers

Li Guangtou et Song Gang ne sont pas d’authentiques frères mais leurs destins se sont de longue date trouvés liés pour le meilleur et pour le pire. Enfants, puis adolescents pendant la Révolution culturelle, ils atteignent l’âge adulte au moment où la Chine entre dans l’ère tumultueuse des “réformes” et de l’“ouverture”. La solidarité, cimentée par les épreuves, qui les unissait jusqu’alors se fi ssure et leurs chemins se séparent : tandis que Song Gang, l’intellectuel doux et loyal, se voit rapidement dépassé par son époque, Li Guangtou, le brigand, tirera le meilleur parti des bouleversements en cours.

La vie à pas de loup

Comme dans un roman d’initiation, mais à contre-saison de la vie, les héros – car ils en sont tous à leur façon – apprennent à vivre avec l’espoir, qui ne devrait jamais quitter personne. Ils apprennent au plus fort de la peur que la vie sourit toujours quelque part, en quelque lieu… À l’autre bout du monde, au plus profond de soi.

Les Yeux de l’océan (Mata nu Wawa)

Une frontière inconnue, emplie de la mémoire des vagues, où souffle le vent d’humilité et de droiture des premiers temps, voilà ce que nous révèle ce livre émouvant sur la relation d’amour intime que les Tao entretiennent avec le monde marin. Syaman Rapongan y excelle à dégager le caractère intrinsèque de ces enfants de la petite île des Orchidées, au sud-est de la grande île de Taiwan. Les Yeux de l’océan est aussi le récit de l’expérience douloureuse de l’exil et des discriminations multiples qui forgent une conscience politique, celle du combat universel des autochtones pour faire reconnaître leur dignité. « L’océan est mon église, il est aussi ma salle de classe et l’inspirateur de mes écrits. Quant aux êtres qui le peuplent, ils resteront à jamais mes mentors. »

Servir le peuple

Lorsque Yan Lianke s’empare du célèbre slogan de la Révolution culturelle, c’est pour piétiner au passage les tabous les plus sacrés de l’armée, de la révolution, de la sexualité et de la bienséance politique. De quoi donner une crise d’apoplexie au ministre de la Propagande chinois, en charge de la censure.

Secrets

A la mort de son père, Yeongjun, cinéaste audacieux mais homme taciturne et sans attaches, revient dans sa ville natale qu’il a quittée il y a vingt-cinq ans. Il y rencontre son frère et apprend que sur son lit de mort, leur père les a chargés d’une étrange mission : vendre la maison de leur enfance et faire don du fruit de la vente à une inconnue.

Qui est le plus grand ?

Qui est le plus grand ?, appelé à devenir un classique de la littérature japonaise, est une des œuvres les plus attachantes de l’auteur (1872-1896), morte à vingt-quatre ans, qui traversa l’ère Meiji à la manière d’une étoile filante. Les personnages principaux sont des enfants qui font l’apprentissage de la vie dans le Yoshiwara, le quartier des plaisirs d’Edo (Tôkyô).

Funérailles molles

Lors de la Réforme agraire chinoise, au début des années 1950, une famille de propriétaires terriens décide de se suicider pour échapper aux séances publiques d’accusation, dites « séances de lutte ». Les corps sont enterrés sans linceuls ni cercueils dans des fosses creusées à la va-vite. La jeune Daiyun est désignée pour les combler, traumatisme, parmi d’autres, qui lui fera occulter le passé. Dépassant le cadre de la Réforme agraire et des drames qui l’ont accompagnée, Fang Fang se livre dans ce roman, savamment composé, à une réflexion sur la tentation de l’oubli et le devoir de mémoire dans un contexte où la vérité historique s’avère insaisissable.

Bonne nuit Tokyo

Ils sont tous insomniaques et plutôt farfelus, tous au bonheur de sentir la nuit de Tôkyô se propager en eux.
Dans ce roman à l’allégresse légère, on se rencontre sans l’avoir cherché et on cherche quelqu’un sans le trouver. Ce sont des vies ordinaires mais en ces heures propices au rêve, un petit quelque chose déraille et nous fait bifurquer vers l’insolite. Un petit grain de folie germe dans le terreau de la nuit.