Le concept des make-up days (jours de rattrapage) est une particularité unique du système de gestion des congés à Taïwan. À mi-chemin entre une flexibilité apparente et une rigidité bien taïwanaise, ces jours de travail supplémentaires suscitent des débats animés dans une société où la culture du travail est encore très ancrée.
❀ Make-up days : mode d’emploi ❀
Une culture du travail exigeante, mais en évolution
Comme de nombreux pays asiatiques, Taïwan est connu pour ses longues heures de travail. Il y a seulement 20 ans, la semaine de cinq jours n’existait pas. Et pour une grande partie des travailleurs, même le dimanche était un jour travaillé. Si des avancées ont été réalisées, comme l’introduction de la semaine de cinq jours, il reste beaucoup à faire.
En 2017, selon Our World in Data, Taïwan était classé 22ᵉ pays avec le plus grand nombre d’heures travaillées par an, avec une moyenne de 38 heures par semaine. En 2023, une réforme a même fait passer la semaine de travail maximale autorisée de 46 à 54 heures. Et une loi de 2018 permet à certains employés de travailler 12 jours consécutifs sans interruption.
Dans ce contexte de charge de travail élevée, les jours fériés et congés prolongés sont des respirations importantes pour la population taïwanaise. Mais ces respirations viennent souvent avec un prix.

Les make-up days : une logique de compensation
Taïwan dispose d’un certain nombre de jours fériés officiels, tels que le Nouvel An lunaire, la Fête nationale (10 octobre), ou encore la journée du balayage des tombes (Qingming). Lorsque ces jours tombent sur un week-end, la loi prévoit qu’un jour de repos soit « deplacé ». Le vendredi est alors chômé si le jour férié tombe un samedi, et le lundi est chômé si le jour férié tombe un dimanche.
De plus, pour maximiser les week-ends prolongés, il est d’usage de faire le pont si un jour férié tombe un mardi ou un jeudi. Dans ce cas, le lundi ou le vendredi est accordé comme jour chômé supplémentaire. Cependant, ce jour « offert » doit être rattrapé. Le jour de travail compensatoire, souvent programmé un samedi, est appelé 補班 (bǔbān) pour les travailleurs et 補課 (bǔkè) pour les élèves, traduits par make-up days.
❀ 2023 : l’année record des make-up days ❀
L’année 2023 a établi un record peu envié : 6 make-up days, dont 4 étaient déjà passés à mi-année. Ces journées de travail supplémentaires ont suscité une avalanche de critiques de la part des employés et des syndicats. Ces derniers dénoncent l’impact des make-up days sur la qualité de vie, en particulier pour les travailleurs qui doivent déjà composer avec des semaines longues et intenses.
Face à cette contestation, le gouvernement a pris des mesures. La Direction générale de l’administration du personnel (en charge des calendriers officiels) étudie la possibilité de limiter les make-up days à trois par an.
Pour 2025, leur nombre a été significativement réduit pour se concentrer sur le nouvel an lunaire. Ainsi, afin de permettre à la population de profiter de 9 jours consécutifs à l’occasion du nouvel an, le 27 janvier est rattrapé le samedi 8 février.

En fait, le gouvernement a indiqué une tendance générale à la réduction du nombre de make-up days jusqu’en 2029. En effet, un seul ajustement par année est annoncé, pour le jour précédent les congés consécutifs du nouvel an lunaire. Une exception à cela : 2026 qui n’en comptera aucun ! Aucune journée de travail compensatoire n’y est prévue, un fait rare et qui attire l’attention.
❀ Et dans le reste du monde, alors ? ❀
Une pratique répandue mais rarement institutionnalisée
Bien que les make-up days soient particulièrement caractéristiques de Taïwan, des pratiques similaires existent dans d’autres pays, bien que rarement institutionnalisées comme en Asie :
- Chine continentale. Les autorités ajustent le calendrier des jours fériés en déplaçant des jours de travail pour créer des congés prolongés, notamment lors du Nouvel An chinois ou de la Fête nationale.
- Japon. Même si le Japon ne pratique pas les make-up days à proprement parler, il existe des ajustements comme le « Happy Monday System », où certains jours fériés sont déplacés au lundi pour former des week-ends prolongés. En cas de jour férié tombant un dimanche, le lundi suivant devient chômé.
- Occident. En Europe ou en Amérique, il est courant de déplacer un jour férié tombant sur un week-end au lundi suivant (« substitute holiday » aux États-Unis ou au Royaume-Uni). De plus, les « ponts » sont souvent planifiés en France ou en Allemagne, mais sans rattrapage institutionnalisé. Les travailleurs utilisent généralement leurs propres jours de congé pour prolonger leurs week-ends, ou sont parfois contraints par leur employeur.
Ces exemples montrent que si l’idée d’optimiser les périodes de congé est universelle, les mécanismes pour y parvenir varient selon les contextes culturels et économiques.
Ce qui distingue Taïwan et l’Asie
Les make-up days en Asie (notamment à Taïwan et en Chine) sont codifiés et institutionnalisés par le gouvernement, tandis que les ajustements occidentaux relèvent généralement de conventions individuelles ou sectorielles. Cela reflète une différence dans la manière dont les sociétés perçoivent l’équilibre entre productivité économique et qualité de vie.
En Occident, la tendance générale penche davantage vers la réduction des heures de travail, avec des initiatives comme :
- La semaine de quatre jours (expérimentée dans plusieurs pays comme l’Espagne et le Royaume-Uni).
- La réduction des heures de travail hebdomadaires, comme en France (35 heures).
❀ Le futur des make-up days ❀
Une pratique en déclin ?
Si le gouvernement cherche à limiter le nombre de make-up days, certaines entreprises privées ont déjà choisi de s’en affranchir complètement. Ces exceptions restent rares, mais elles reflètent un changement progressif dans la perception de ces journées compensatoires.
Le calendrier officiel des make-up days est publié bien à l’avance, généralement avant l’été de l’année précédente, pour permettre aux travailleurs et aux étudiants de planifier leurs activités. Par exemple, pour 2025, un seul make-up day est prévu : le 8 février, afin de compenser les congés du Nouvel An lunaire.
Et en attendant d’un éventuel changement, les make-up days sont une bonne opportunité pour les enseignes de proposer des offres promotionnelles. C’est par exemple le cas des chaînes de convenient store comme 7-eleven ou FamilyMart qui proposent des offres sur les boissons !
Evolution des make-up days
Le débat autour des make-up days illustre bien les tensions entre traditions de travail rigoureuses et aspirations à une meilleure qualité de vie. Si ces jours de rattrapage sont devenus une institution, ils pourraient à terme disparaître, ou du moins se réduire drastiquement, face aux pressions sociales croissantes.
Face aux critiques croissantes concernant l’impact des make-up days sur la qualité de vie, le gouvernement taïwanais envisage de réduire leur nombre. Les projections indiquent une diminution progressive, avec certaines années, comme 2026, sans aucun make-up day prévu. Cette tendance reflète une prise de conscience accrue de l’importance de l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée.
En attendant, il est conseillé aux travailleurs et étudiants taïwanais de marquer soigneusement ces journées dans leur calendrier. Car, malgré une planification avancée, les make-up days restent souvent une source d’inconfort et d’ajustements pour une population déjà largement sollicitée.
❀ Conclusion ❀
Les make-up days, bien qu’initialement conçus pour optimiser les périodes de congé, sont de plus en plus remis en question en raison de leur impact sur le bien-être des travailleurs. La tendance mondiale vers une meilleure qualité de vie au travail pourrait conduire à une réévaluation de ces pratiques, tant à Taïwan que dans d’autres pays.
Les make-up days sont une solution plutôt ingénieuse mais controversée pour gérer les congés à Taïwan. Entre l’opportunité de profiter de week-ends prolongés et l’obligation de sacrifier un samedi, cette pratique divise. Le gouvernement semble toutefois prêt à limiter leur usage, un signe que les attentes des travailleurs commencent à influer sur les décisions politiques.
Que nous réserve l’avenir ? Peut-être un système de congés plus simple et plus équilibré, où les make-up days ne seront qu’un souvenir.


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