Les Cinq routes de Edo, un instrument de contrôle pour le shogunat

Les kaidô 街道, « route » en français, désignent les anciennes routes du Japon datant de l’époque Edo (1603-1868). Cinq d’entre elles sont particulièrement connues, sous l’appellation des Cinq routes d’Edo, Gokaidô 五街道, partant toutes de la ville de Edo (cette dernière ne deviendra Tokyo (« capitale de l’Est ») qu’à partir de l’Ère Meiji).

C’est le shogun Tokugawa Ieyasu qui en commença la construction en 1601, dans le but de renforcer son contrôle sur le pays, mais c’est son petit-fils le quatrième shogun du shogunat Tokugawa, Tokugawa Ietsuna, qui les proclama « routes majeures ».

Portrait peint par Kanō Tannyū

Tokugawa Ieyasu 徳川 家康 (1543-1616)

Il est le dernier des trois unificateurs du Japon de l’époque Sengoku, après Oda Nobunaga et Toyotomi Hideyoshi.

En 1603, il devient shogun, c’est-à-dire le chef des armées, et fait du village de Edo la nouvelle capitale. Il est le premier shogun de la dynastie des Tokugawa, qui règnera sur le Japon jusqu’en 1868.

Portrait peint par Kanō Yasunobu (The Japanese book "Exhibition of the Treasures and Papers of the Tokugawa Shogunal Household")

Tokugawa Ietsuna 徳川家綱 (1641-1680)

Quatrième shogun de la dynastie Tokugawa, il débute son règne à l’âge de dix ans.

De nombreux relais sont installés tout au long de ces routes, afin de permettre aux voyageurs de se reposer et de se ravitailler.

L’utilisation de ces routes est strictement encadrée. En effet, un décret annonce, en 1686, la mise en place de contrôles des voyageurs : le but premier de ces routes est de favoriser les déplacements officiels, et non pas de développer le tourisme ou la migration paysanne.

Mais malgré cela, les daimyō 大名, les seigneurs féodaux soumis au shogun, ne sont pas les seuls à les fréquenter : on y retrouve aussi d’autres voyageurs, comme des marchands, des pèlerins, des bonzes, et même des touristes.

La construction des cinq routes de Edo servait principalement au principe de résidence alternée, sankin-kōtai 参勤交代 en japonais : ce système, imposé par le shogunat, obligeait les daimyō à passer une année sur deux à Edo, et à y laisser leur famille lorsqu’ils retournaient dans leur fief han 藩.

En les obligeant d’une part à laisser leur famille en « otage », et d’autre part à utiliser une partie de leurs richesses en déplacements fréquents entre leur fief et la capital, ce système de rotation devait permettre de s’assurer que les seigneurs locaux ne s’habituent pas trop au pouvoir, et ainsi éviter de nouvelles divisions.

Les cinq routes de Edo sont les suivantes :

Crédits: Holger Behr (2008), CC BY-SA 3.0

Tōkaidō 東海道

Encore aujourd’hui, elle reste probablement la plus connue des cinq, et pour cause : une ligne de train reprend justement son itinéraire depuis 1889, perpétuant ainsi une tradition vieille de plusieurs siècles.

Longeant la côte, cette route permettait de relier Edo, lieu de résidence du shogunat, à Kyōto, lieu de résidence de l’empereur (privé certes de ses pouvoirs politiques, mais dont l’importance symbolique restait cruciale). Cette route bénéficiait donc d’un statut relativement important, ce qui expliquait une forte fréquentation des voyageurs.

Longue d’environ 500 kilomètres, elle était jalonnée de 53 relais. Pour la parcourir à pied, deux semaines étaient nécessaires, ce qui représentait une nette amélioration, par rapport aux 91 jours de voyage que la route initiale, définie au XIe siècle requérait. Le Tōkaidō a inspiré tant les peintres que les écrivains.

Les estampes qu’en a fait Hokusai sont particulièrement célèbres.

Katsushika Hokusai (1760-1849), Shinagawa at the Tokaido (1829-1833). Collection of Japanese prints of Centre Céramique, Maastricht, the Netherlands (source)

Nakasendō 中山道

Comme le Tōkaidō, le Nakasendō reliait la capitale à Kyoto. Il constituait un itinéraire alternatif qui passait par le centre de Honshu, par les montagnes, ce qui explique son nom. Aussi appelé Kisokaidō, il était jalonné de 69 stations, pour une distance totale d’environ 542 kilomètres.

Le Nakasendō avait la réputation d’être une route sûre et de bonne qualité, ce qui en faisait un axe très fréquenté.

Ochiai on the Kisokaido, ukiyo-e prints by Hiroshige (source)

Kōshū Kaidō 甲州街道

Le Kōshū Kaidō reliait Edo à la ville de Kofu, dans la préfecture de Yamanashi. La route se poursuivait ensuite jusqu’à Shimosuwa-shuku, relais où passait également le Nakasendō. Il était jalonné de 44 relais.

Koshu Kaido from New Thirtysix Views of Mt. Fuji, ukiyo-e prints Tokuriki Tomikichiro (source)

Ōshū Kaidō 奥州街道

Le Ōshū Kaidō reliait Edo à l’actuelle ville de Shirakawa, dans la préfecture de Fukushima. De nombreuses routes secondaires partant du Ōshū Kaidō permettaient par ailleurs de rejoindre d’autres villes du nord.

Doté de 27 relais, cette route servait, comme les autres routes, aux déplacements des magistrats chaque année, dans le cadre de la résidence alternée sankin-kōtai. Mais à partir de 1779 et avec le développement de la ville de Hakodate, le Ōshū Kaidō a vu sa fréquentation augmenter et la nature des voyages changer : c’est alors le commerce qui domine, avec le développement du commerce avec la Russie.

Hokkaido-Oshima: Shipping Ice from Hakodate Series: Famous Products of Japan, ukiyo-e prints by Hiroshige III (source)

Nikkō Kaidō 日光街道

Le Nikkō kaidō était la plus courte des cinq routes. Établi en 1617 par le fils et successeur de Tokugawa Ieyasu, Tokugawa Hidetada, son principal intérêt était de constituer une voie agréable pour se rendre de la capitale au sanctuaire shinto Nikkō Tōshōgū, situé un peu plus au Nord.

Bâti la même année, ce sanctuaire honore la mémoire du premier shogun Tokugawa Ieyasu. Sa dépouille, enterrée l’année précédente à un autre endroit, fut déplacée dans le sanctuaire, conformément à sa volonté.

Par ailleurs, le sanctuaire fit l’objet d’agrandissements quelques années plus tard; cette nouvelle configuration lui valu d’obtenir en 1999 le statut de site historique inscrit au patrimoine mondial de l’humanité.

Sur les 21 relais qui jalonnaient la route, les 17 premières étaient communs au Ōshū Kaidō.

Road to Nikko, woodblock print by Hasui Kawase (source)

Publié par Meana

Passionnée par les pays d’Asie du Sud-Est et leur culture depuis plus de 15 ans, j’ai voyagé en Chine, Corée du Sud, Japon et Taïwan. J’ai même vécu un an à Pékin ! Je m’intéresse particulièrement à la portée historique des lieux et concepts, et aux habitudes de vie asiatiques.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :