Wuhan, ville-close

  • Titre du livre: Wuhan, ville close
  • Auteur: Fang Fang
  • Traduction: Frédéric Dalléas et Geneviève Imbot-Bichet
  • Editeur: Harpercollins
  • 448 pages – Format: poche – EAN: 9791033908692
  • Parution: 10/03/2021
  • Prix: 8,50€

Description du livre

«  Pour que nos descendants sachent ce qu’il s’est passé à Wuhan.  »

Du début de la pandémie de Covid-19 qui a bouleversé le monde, nous ne savons rien. En janvier  2020, pour la première fois dans l’histoire, une ville de plus de dix millions d’habitants est mise en quarantaine.

Enfermée dans son appartement, l’écrivaine Fang Fang tient son journal en ligne. Jour après jour, suivie par des millions de lecteurs, elle retrace l’histoire d’une catastrophe, depuis le chaos glaçant des premières semaines jusqu’à l’enrayement de l’épidémie.

Fang Fang raconte la mort et la peur, la solidarité des habitants, le silence des responsables, le courage des lanceurs d’alerte, la débrouille et les petites joies, les plaisanteries et la colère qui circulent, le printemps qui vient dans une ville qu’elle aime. Alors qu’il se heurte à la censure et à de violentes attaques, ce témoignage unique nous rappelle nos premiers devoirs dans les heures sombres  : l’indépendance d’esprit et l’humanité.

Mon opinion

Fang Fang, de son vrai nom Wang Fang, est une écrivaine chinoise. Membre de l’association des écrivains du Hubei depuis 1989, elle en a pris la présidence en 2007.

A la fin de ses études secondaires, elle a travaillé pendant quelques années comme ouvrière, et commence à écrire. Lorsque l’examen d’entrée à l’université est rétabli après la Révolution culturelle (1966-1976), elle fait partie des premiers étudiants autorisés à le passer, ce qui lui permet d’intégrer l’université de Wuhan où elle étudie la littérature chinoise.

Engagée comme scénariste pour la chaîne de télévision du Hubei, elle publie en parallèle son premier roman, 大篷车上 (« Caravane »). Elle commence à se faire connaître avec le roman 风景 (Une vue splendide, disponible aux éditions Picquier, 1995) publié en 1987, qui lui vaudra le Prix national du meilleur roman deux ans plus tard. Ce récit est considéré comme l’une des premières œuvres du néoréalisme, qui émerge alors en Chine.

Fang Fang a écrit plus d’une centaine d’œuvres. Certaines d’entre elles lui ont valu des distinctions, comme le prix littéraire Lu Xun en 2010 pour sa nouvelle 琴断口 (littéralement « Piano Fracture »), qui n’a semble-t-il pas été traduite, ou encore le Prix Emile Guimet pour la littérature asiatique en 2020 pour son roman Funérailles molles, traduction française disponible aux éditions L’Asiathèque.

Elle figure sur la liste 2020 des 100 femmes, la série multiformats créée en 2013 par la BBC, dans l’équipe connaissance. La série concerne le rôle des femmes au XXIe siècle, et nomine des femmes inspirantes, et récompense celles qui font la différence en ces temps troublés.

Bien qu’elle soit née à Nankin, sa famille a emménagé dans la ville de Wuhan lorsqu’elle avait deux ans, et elle ne l’a jamais plus quittée. Elle connaît donc très bien cette ville, et y connaît de nombreuses personnes.

Ainsi, en tant que Wuhanaise et écrivaine, il n’est pas surprenant qu’elle ait décidé de coucher à l’écrit son quotidien durant le confinement de la capitale du Hubei. Pour se faire, elle a décidé d’utiliser le site de microblogging Weibo, réseau très populaire en Chine.

Ce support est, de ses propres mots, plus commode pour exprimer son ressenti et son quotidien, en écrivant d’un jet et sans même vraiment prendre le temps de corriger les fautes ou les typos. Mais la facilité d’utilisation d’un tel réseau, qui aurait dû lui permettre de pouvoir publier jour après jour, s’est retrouvée entravée par la censure : en effet, son compte a été à plusieurs reprises, et parfois pendant de longues semaines, bloqué, souvent à l’issue du signalement de la part d’autres utilisateurs qui n’ont pas apprécié son initiative.

Mais au lieu de limiter la portée de son message, ces haters qui l’insultaient et faisaient bloquer son compte lui ont en réalité permis de gagner encore plus de visibilité. Ainsi, plusieurs comptes publics WeChat, l’application couteau-suisse de la Chine qui permet de faire à peu près tout, mais notamment de discuter de façon instantanée avec ses contacts, ont relayé ses publications lorsqu’elles étaient supprimées.

Ce livre est, à mon sens, un récit très précieux de ce qu’il s’est passé en Chine durant la pandémie. Puisque très peu d’informations filtraient alors hors du pays (ce qui n’a pas vraiment changé d’ailleurs), le témoignage d’une résidente est forcément très important.

En particulier dans la mesure où, même si elle-même ne sortait pas vraiment de chez elle et avait donc une vision très limitée de ce qu’il se passait dans le reste de la ville ou du pays, son réseau de connaissances wuhanaises lui fournissait de nombreuses informations sur le fonctionnement des hôpitaux, de l’administration provinciale, de l’organisation des comités de quartier, etc.

En mentionnant tour à tour des détails anodins de sa vie confinée quotidienne, les anecdotes sur telle ou telle personne de son entourage, des digressions historiques et des témoignages d’amis médecins, elle parvient sans même le vouloir, à entraîner le lecteur avec elle. J’ai été très impressionnée par sa façon d’exposer la situation, sans s’apitoyer sur son sort et sans chercher constamment des coupables à blâmer.

J’avais un peu peur de retrouver le climat anxiogène qui exsudait des journaux télévisés français durant le premier confinement, et j’ai été agréablement surprise de constater qu’il n’en était rien.

Évidemment, Fang Fang appelle chacun à assumer ses responsabilités dans la mauvaise gestion de l’épidémie, en particulier les hauts gradés qui auraient pu mieux gérer la situation sur certains points, mais ne manque pas pour autant de rappeler que beaucoup de personnes n’ont fait qu’obéir aux ordres, dans une société où on préfère dissimuler les échecs plutôt que prendre le risque de perdre son emploi.

En bref, j’ai trouvé ce récit à la fois édifiant et très humain, et je suis convaincue qu’il gagnerait à être lu par le plus grand nombre !

Emprunt novembre 2021 – Fiche de lecture rédigée le 03/12/2021

Publié par Meana

Passionnée par les pays d’Asie du Sud-Est et leur culture depuis plus de 15 ans, j’ai voyagé en Chine, Corée du Sud, Japon et Taïwan. J’ai même vécu un an à Pékin ! Je m’intéresse particulièrement à la portée historique des lieux et concepts, et aux habitudes de vie asiatiques.

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