Escapade à la Montagne du Tambour du Dharma

Dharma Drum Mountain se dit 法鼓山 (Fǎgǔ Shān) en chinois. Cela signifie littéralement « Montagne du Tambour du Dharma ». C’est une organisation consacrée à l’étude, la pratique et la promotion du bouddhisme à Taïwan et dans le monde, fondée dans les années 1980 par Sheng-yen, maître en bouddhisme chan.

Portrait de Sheng-yen

Né à Shanghai au début des années 1930, il devint moine bouddhiste à l’âge de 13 ans. A l’arrivée au pouvoir du régime communiste en 1949, qui voit apparaître de grandes campagnes de persécutions religieuses, il est contraint de s’exiler à Taïwan. Il est alors âgé de seulement 18 ans, et passera dix années dans l’armée du Kuomintang. Il effectue, dans les années 1960, une retraite solitaire de sept ans dans le sud de l’île, au terme de laquelle il part étudier la littérature bouddhiste à l’université Rissho au Japon. Désormais titulaire d’un master et d’un doctorat, il retourne à Taïwan, où il fonde plusieurs instituts, dont la Fondation internationale « Dharma Drum Mountain ». Il effectue plusieurs voyages aux États-Unis pour répandre la pensée bouddhiste dans le monde. Décédé en 2009, il jouit encore aujourd’hui d’une excellente réputation, de par son implication importante dans la résurgence et l’adaptation au monde moderne du bouddhisme chinois. Il figure également parmi les quatre principaux maîtres bouddhistes contemporains, aussi appelés les « quatre rois célestes », au même titre que les maîtres Hsing Yun, Cheng Yen et Wei Chueh.

Voici une petite vidéo d’animation, proposée par l’organisation pour montrer la façon dont maître Sheng Yen fut guidé par le Bodhisattva Guanyin :

Story of Master Sheng Yen Guided by Guanyin Bodhisattva 1: The moon’s reflection on the river

Dharma Drum Mountain est l’une des organisations bouddhistes les plus influentes du bouddhisme chinois, ainsi que l’un des « quatre grandes montagnes ». Les trois autres sont Tzu Chi, Fo Guang Shan et Chung Tai Shan.

Plus d’infos: Le Bouddhisme en Asie : introduction et adaptation d’une religion à la culture locale (Partie 1)

Mais parlons un peu de la visite

La première chose qui saute aux yeux lorsqu’on arrive, c’est la taille du site. Immense et dispersé dans la montagne, on a tôt fait de s’y égarer. Surtout lorsque, comme moi, des aléas de bus font que vous êtes l’unique personne à descendre. Comme il y avait peu d’indications sur le chemin à emprunter, je m’y suis aventurée un peu au hasard.

Cherchant l’entrée, je me suis retrouvée à l’arrière du bâtiment principal dans un petit jardin à la végétation très dense. Et après quelques minutes, je suis tombée nez-à-nez avec une statue de Guanyin.

Une visiteuse était déjà là, occupée à prier Guanyin. La laissant terminer, j’en ai profité pour lire le petit panneau qui expliquait, en chinois et en anglais, comment prier. Et une fois seule, j’ai décidé de tenter ma chance.

Cette statue est la plus ancienne du complexe, et est située au point le plus élevé. Elle tire son nom, Founding Guanyin, du fait qu’elle a assisté au processus difficile de la fondation et la construction de la Dharma Drum Mountain.

Founding Guanyin, la plus ancienne statue de Guanyin du complexe. Elle mesure 5 mètres et pèse 2.8 tonnes (CR: Corall & Meana)

Elle est représentée dans le style des statues de Guanyin de Mont Potala (province du Zhejiang, Chine) sous les dynasties Ming et Qing. Assise dans la posture du lotus, elle porte sur la tête une couronne de Bouddha et est couverte d’une écharpe qui pend sur ses épaules. Elle tient dans sa main gauche un vase de purification, et dans la droite, une branche de saule.

Ma prière faite, je me suis dirigée vers les bâtiments.

Évidemment, étant dans un monastère, les salles de prière ne manquent pas. Mais étrangement, seule la salle principale semblait drainer tous les visiteurs, laissant les autres complètement (ou presque) vides. A tel point qu’à plusieurs reprises, je me suis demandée si j’étais autorisée à me balader comme ça.

Quoi qu’il en soit, j’ai ainsi pu en voir plusieurs, souvent vides de tout visiteur, avec parfois un autel, parfois même de splendides statues de bouddhas et de bodhisattvas. L’une de ces statues m’a particulièrement marquée. Elle était plongée dans la pénombre, la pierre blanche tout juste éclairée de quelques ampoules qui l’entouraient. Probablement ma salle préférée !

Malheureusement pour moi, la salle Grand Buddha Hall, qui est sans doute l’une des « attractions » principales du complexe, était fermée au public lors de ma visite, je n’ai donc pas pu m’y rendre.

La dernière salle que j’ai vu est en fait la principale : il s’agit du Prayer Guanyin Hall. Nettement plus fréquenté, il n’était pas possible d’y pénétrer, les prières se faisant depuis l’extérieur. La première chose que l’on voit en arrivant, c’est le grand bassin extérieur. Derrière l’autel, on peut voir le mur cascade qui se trouve de l’autre côté de la pièce. Cette disposition donne l’impression que Guanyin est installée paisiblement sous la cascade, ce qui ramène cette fois encore à ses origines : le mont Potala dans le Zhejiang.

Le hall de prière principal. Un grand bassin extérieur est situé devant le hall, et on aperçoit le mur cascade derrière l’autel (CR: Corall & Meana)

Mais contrairement à la statue Founding Guanyin, c’est le style de la dynastie Tang qui est ici mis à l’honneur : tête légèrement penchée, yeux baissés, souriant. Elle est assise, avec le pied droit au sol, et de sa main gauche, elle vide une petite bouteille. Quant au geste qu’elle fait de la main droite, cela s’appelle karana mudra en sanscrit : dans le bouddhisme, cela signifie que l’on éloigne le mal.

Sa position, la présence d’une cascade et d’un bassin sont une métaphore du frais royaume de la compassion de Guanyin. Elle semble être assise sur une île, entourée d’eau, ce qui symbolise la Guanyin de Putuo, dans la mer de Chine méridionale.

Il y avait également plusieurs salles d’exposition, où il était malheureusement interdit de prendre des photos. Et s’il était intéressant d’observer les photos et objets liés au bouddhisme, cela manquait singulièrement d’explications en anglais.

Une fois la visite en intérieur terminée, j’ai profité de l’extérieur, en commençant par admirer la vue depuis les différents balcons du monastère. En faisant quelques photos, je me suis aperçue que plusieurs chemins serpentaient dans la montagne alentour, et deux choses en particulier ont attiré mon regard : une statue en pierre au sud-ouest, et une grande cloche au nord-est.

La vue depuis l’un des balcons du monastère (CR: Corall & Meana)

Curieuse, j’ai décidé d’aller voir cette statue, ce qui s’est avéré plus compliqué que prévu : autant le chemin paraissait facile à suivre depuis le balcon, autant c’était bien plus compliqué de m’orienter depuis le sol, et sans plus apercevoir la statue qui me servait de point de repère. Ce qui ne m’a pas empêchée d’y parvenir ! La statue était en fait celle du Bouddha de la médecine, que l’on peut prier pour obtenir la joie, la longévité et la paix.

Et cette fois encore, un panneau explicatif indiquait en chinois et en anglais la façon dont il faut prier ce bouddha.

Une fois ma petite prière faite, je suis partie à la recherche de la cloche que j’avais aperçu depuis le balcon. Située un peu à l’écart des autres bâtiments, elle était assez impressionnante ! Là non plus je n’ai pas vu d’autres visiteurs, mais deux guides, une femme et un enfant d’une dizaine d’années, y prenaient leur pause.

En m’apercevant, ils sont venus me saluer, et constatant que je parlais chinois, m’ont proposé de m’offrir une petite « visite » guidée de la cloche !

Elle est appelée cloche du lotus, et figure parmi les trésors bouddhiques historiques. Avec ses 25 tonnes et ses 4,5 mètres de haut, elle est gravée avec le sutra du lotus, le mantra de la grande compassion, ainsi qu’une image du double bouddha assis côte à côte dans la pagode Duobao. Une cérémonie faisant sonner la cloche 108 fois est organisée chaque année à l’occasion du nouvel an chinois.

Ils m’ont ainsi expliqué un peu le fonctionnement des cloches et leur signification, avant de me montrer comment on priait autour de cette cloche.

La cloche du lotus (CR: Corall & Meana)

Nous nous sommes alors retrouvés à faire le tour de la cloche à la queue leu leu, l’enfant en tête qui récitait les sutras en continu, l’autre guide, une visiteuse et moi lui emboîtant le pas, les mains jointes devant la poitrine. Nous avons fait trois fois le tour avant de pouvoir adresser notre vœu.

C’était une expérience aussi amusante qu’enrichissante !

Bref historique

L’histoire de cette organisation ne commence pas avec le site de Jinshan, mais avec deux entités fondées par un moine Chan nommé Dongchu : l’Institut d’études bouddhiques Chung-wa (CHIBC) et le monastère Nung Chan. Le premier est fondé en 1956 et promeut la culture bouddhiste, principalement par le biais de publications dans des revues. Le second est, quant à lui, crée en 1975.

Suite au décès de Dongchu en 1978, le maître Sheng-Yen devient le nouvel abbé du monastère Nung Chan et du CHIBC. Les deux institutions connaissent alors un développement rapide, qui se retrouve entravé par la capacité d’accueil des bâtiments existants.

En conséquence, un nouveau terrain, vallonné, est acheté à Jinshan, dans la ville de New Taipei, afin d’y construire un monastère plus grand permettant d’accueillir les fidèles et les étudiants toujours plus nombreux. Sheng-Yen lui donne le nom de Montagne du Tambour du Dharma, en référence au terrain dont le relief fait penser à un tambour, créant dans le même temps l’organisation éponyme.

Il faudra sept ans pour achever le processus de conception architecturale, Sheng-Yen, fervent défenseur de l’environnementalisme, ayant une idée bien définie de ce à quoi le futur monastère doit ressembler. En effet, il souhaite que les bâtiments du monastère suivent et s’adaptent au contour naturel du relief et ne changea pas beaucoup les caractéristiques géomorphologiques naturelles du terrain.

Ce processus achevé, la première phase des travaux démarra en 1993, et se termina trois ans plus tard. La plupart du complexe fut construit lors de cette phase. C’est notamment le cas d’un palais souterrain qui contient des textes bouddhiques et des œuvres d’art sacrés ; il devrait être ouvert au public en l’an 3000.

L’inauguration du site eut lieu en 2001.

Le complexe est composé de monastères et de centres d’éducation. En plus d’être le siège international de l’organisation, il sert également de campus à l’institut des arts libéraux du tambour du Dharma (DILA). Par ailleurs, l’organisation possède des centres et des temples affiliés dans quatorze pays, en Amérique du Nord, en Europe, en Asie et en Australie.

Carte issue du site officiel de Dharma Drum Mountain

Les missions de cette organisation

L’objectif spirituel de l’organisation est la réalisation de la Terre pure dans le monde. La « Terre pure » désigne l’univers occidental Béatitude du bouddha Amitabha. Elle fait également référence à une section importante du bouddhisme mahayana, que l’on appelle Amidisme. Le bouddhisme de la Terre Pure est axé sur la foi, la dévotion et la récitation du nom du Bouddha Amitabha. Il permet une accession après la vie à l’univers de ce Bouddha qui est rempli de lumière, de longévité et de bonheur.

Pour accomplir cet objectif spirituel, l’organisation se concentre principalement sur l’enseignement, et en détaille trois types d’enseignements sur son site Internet :

  • L’enseignement universitaire. Il peut se faire par le biais de trois établissements en particulier : l’Institut d’études bouddhiques Chung-wa (CHIBC), l’institut des arts libéraux du tambour du Dharma (DILA) et l’université bouddhique Sangha.
  • L’enseignement via les services de soins. Cela signifie prendre soin de tous les membres de la société de façon équitable et universelle, par le biais du bouddhisme humaniste. Cela regroupe différentes activités, comme la mise en place de bourses d’étude pour les étudiants défavorisés, des campagnes humanitaires lors de catastrophes majeures, etc.
Left: Master Dong Chu raising materials for winter relief, an effort starting back in 1956 (Source)
  • L’enseignement dit de sensibilisation publique. L’objectif est d’étendre l’influence du Bodhidharma, en purifiant les esprits des populations de façon générale. Il y a deux approches principales : les pratiques bouddhistes traditionnelles, et les évènements culturels contemporains. La première approche est gérée par DDM (et ses différentes branches locales), le monastère de Nung Chan et la CHIBC.

La protection de l’environnement occupe également une place importante dans la doctrine dispensée par la DDM. Ainsi, l’organisation gère son monastère en encourageant au recyclage et aux dons, et leurs bénévoles participent à des nettoyages des rues.

Par ailleurs, comme je le disais plus haut, Sheng-Yen était un fervent défenseur de l’environnementalisme, un courant de pensée et d’idées politiques qui se donne pour objectif de préserver la nature de l’action humaine en prônant son respect et sa restauration. Et cela se ressent tout naturellement dans le développement de DDM.

Quatre types d’environnementalisme sont pratiqués dans l’organisation : la protection de l’environnement spirituel, la protection de l’environnement naturel, la protection de l’environnement vivant et enfin, la protection de l’environnement social. Cela signifie donc qu’il faut faire en sorte de garder un esprit stable et pur, une vie ordonnée et simple, de rester digne et humble en société et de maintenir la coexistence et la coprospérité de la communauté mondiale.

DDM s’efforce en effet, à travers ses trois types d’enseignements et ses quatre types d’environnementalisme, d’aider à purifier la société et les esprits, dans l’espoir de voir germer les graines de la paix mondiale, et ainsi de réaliser leur but ultime, qui est d’établir la « terre pure » sur Terre.

Informations pratiques

Nom complet : 法鼓山世界佛教教育園區 Fǎ gǔshān shìjiè fójiào jiàoyù yuánqū, Dharma Drum Mountain World Buddhist Education Park

Site Internet : https://fagushan.ddm.org.tw/ ou en anglais : https://www.dharmadrum.org/wcbe/

Adresse : New Taipei City, Jinshan District, Fagu Road, No. 555 (208303 新北市金山區三界里法鼓路555號)

Localisation du site

Horaires : tous les jours de 9h à 16h

Le site est donc plutôt vaste, et est entouré de nombreux petits chemins dans la montagne. Il est facile d’y passer une demi-journée, voire même une journée entière. Il est possible de se restaurer dans le Dining Hall situé dans le bâtiment 2, en revanche, il est interdit de pique-niquer ou de grignoter sur le site.

Il y a un parking pour les personnes venant en voiture, si vous n’êtes pas véhiculés, vous pouvez prendre depuis Taipei le bus 1815 à destination du monastère.

Attention, il existe deux bus 1815 : l’un d’entre eux dessert effectivement le temple (1815法鼓山), tandis que le second dessert Jinshan, situé non loin (1815金山). Ne vous trompez donc pas, sinon ce sera nettement plus compliqué d’arriver à destination – et je parle par expérience.

Date de la visite : 24 novembre 2018

Publié par Meana

Passionnée par les pays d’Asie du Sud-Est et leur culture depuis plus de 15 ans, j’ai voyagé en Chine, Corée du Sud, Japon et Taïwan. J’ai même vécu un an à Pékin ! Je m’intéresse particulièrement à la portée historique des lieux et concepts, et aux habitudes de vie asiatiques.

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