Happy new year 兔 you

Si l’utilisation du calendrier grégorien s’est largement répandue à travers le monde et constitue, il est loin d’être le seul en vigueur. En Asie notamment, il partage sa place, non seulement avec le calendrier traditionnel luni-solaire, mais également avec des calendriers spécifiques à certains pays. On peut notamment citer l’exemple du calendrier juche en Corée du Nord, et du calendrier républicain à Taïwan, qui débutent tous deux le décompte des années en 1912.

Le calendrier luni-solaire existe sous de nombreuses formes et a rythmé bien des civilisations. Ce calendrier est fondé à la fois sur le cycle annuel du Soleil, pour le décompte des années, et sur le cycle régulier des phases de la Lune pour le décompte des mois.

Le calendrier luni-solaire se base sur les lunaisons, c’est-à-dire l’intervalle séparant chaque nouvelle lune de la suivante. Cet intervalle dure en moyenne 29,5306 jours, c’est-à-dire 29 jours 12 heures 44 minutes et 3 secondes, ce qui correspond à un mois dans ce calendrier. Chaque mois débute par une nouvelle lune, et est marqué par une pleine lune le 15e jour. 

Comme 12 mois lunaires ne forment pas une année solaire (il manque 11 jours), on ajoute sept mois supplémentaires (ce qu’on appelle 闰月 rùnyuè en mandarin, mois embolismique en français) au cours d’une période de dix-neuf ans, pour que l’année reste dans l’ensemble compatible avec l’année solaire : sur les 19 années, 12 sont des années régulières avec 12 mois, et 7 sont des années bissextiles avec 13 mois. Ces années bissextiles s’intercalent tous les deux ou trois ans avec les années régulières. 

Ce tableau présente le positionnement de ces mois embolismiques sur la période 1949-2020 (source: Baidu Baike)

Sans entrer davantage dans les détails, sachez qu’un mois embolismique a le même numéro que le mois ordinaire précédent, mais est marqué comme supplémentaire ; cela ne décale donc pas la numérotation des mois suivants. Il se place le plus souvent entre mars et juillet.

Avec un fonctionnement si spécifique, vous pourriez vous demander pourquoi s’embêter à utiliser un vieux calendrier, alors que le calendrier grégorien fonctionne très bien ? Tout simplement parce que les traditions occupent encore aujourd’hui une place très importante en Asie. Et l’une des plus importantes d’entre elles est sans nulle doute la célébration du nouvel an lunaire.

Parmi les pays asiatiques, le Japon fait figure d’exception, car il célèbre le nouvel an en suivant le calendrier grégorien. Nous ne l’aborderons donc pas dans cet article. 

Le calendrier luni-solaire permet de calculer la date à laquelle le nouvel an lunaire a lieu : lors de la deuxième nouvelle lune depuis le solstice d’hiver, quand le soleil se trouve dans le signe du Verseau. Cela correspond approximativement à la période entre le 21 janvier et le 20 février. 

Cette année, le nouvel an a lieu aujourd’hui, le 22 janvier 2023. 

Quid de la Saint-Sylvestre ?

Si la nouvelle année se fête au moment du nouvel an lunaire, cela signifie-t-il pour autant que personne en Asie ne fête la Saint-Sylvestre ? 

Quelques pays marquent malgré tout le coup par des feux d’artifice, mais ils sont relativement peu nombreux. A Hong Kong, la population se rassemble à Central, à Causeway Bay et au port Tsim Sha Tsui, le 31 décembre, pour se promener tout en admirant les illuminations des bâtiments le long du port. Au moment du compte à rebours, ils se rassemblent à Times Square et à Ocean Terminal.

Comme dit plus haut, le Japon célèbre en effet la nouvelle année à ce moment-là. Le réveillon se passe chez soi, puis le 1er les gens se rendent dans les sanctuaires shintos afin de prier la nouvelle année, et s’ils le souhaitent, attacher des papiers où ils ont inscrit leurs vœux aux arbres. Les Japonais apprécient surtout cette journée parce que c’est une très bonne occasion pour eux de pouvoir sortir et porter leurs plus beaux kimonos.

Quant à Taïwan, la situation est un peu particulière, car le 1er janvier est également le jour de la fête nationale ; il est donc férié et donne lieu à des célébrations. On retiendra en particulier l’emblématique feu d’artifice de la tour 101 à Taipei dans la nuit du 31 au 1er. 

Mais revenons au sujet de notre article : le nouvel an lunaire. La première chose à savoir est…

… Comment l’appelle-t-on ?

En Occident, nous avons pour habitude d’appeler cette fête le « nouvel an chinois ». Cependant, celle-ci n’a rien d’exclusif à la Chine. Nous l’appelons ainsi depuis 1912 lorsque la nouvelle République de Chine a officiellement adopté le calendrier grégorien.

De nos jours, le nouvel an lunaire est appelé « Fête du printemps » 春节 (Chūnjié) en Chine. On l’appelle ainsi, parce qu’elle correspond traditionnellement à la transition entre la fin de la période hivernale et l’arrivée du soleil. Elle est originaire du Nord de la Chine où les champs restaient couverts de neige pendant des mois.

En Corée, on l’appelle Seollal 설날. Contrairement à la Chine, elle ne possède pas l’aspect saisonnier. Il s’agit d’une fête ayant pour but de célébrer les ancêtres.

Au Vietnam, cette fête est appelée le Têt Nguyên Dan. Tout comme les autres pays d’Asie de l’Est, le Vietnam utilise aussi le calendrier luni-solaire et son nom est originaire du sino-vietnamien. Considérant le niveau très rudimentaire de nos connaissances sur les traditions et la culture de ce pays, nous n’en parlerons pas ici. Nous vous recommandons néanmoins le compte Instagram de lamaisonpanda, qui publie quotidiennement des posts d’une très grande qualité sur la culture de ce pays !

Comment le fête-t-on dans ces pays ?

Le déroulement du nouvel an en Chine et à Taïwan

Le nouvel an en Chine et à Taïwan est similaire sur bien des points, mais a aussi des spécificités propres à chacun des deux pays. En raison de ces similitudes, nous avons décidés d’aborder le sujet en général, tout en précisant les particularités de chacun le cas échant.

Avant tout, les traditions peuvent varier d’une région à l’autre, selon les origines de chaque famille. Certains éléments reviennent néanmoins presque systématiquement, et c’est donc sur ces derniers que nous nous concentrerons.

Le nouvel an, ou fête du printemps, se déroule sur une période de quinze jours. Elle débute avec le nouvel an et les célébrations (mais pas les festivités) se terminent par la fête des lanternes, qui a lieu cette année le 5 février 2023.

Il est célébré à travers le pays sur une période de sept jours à dix jours. Il s’agit aussi d’une période où on assiste à une intense migration, puisque nombreux sont ceux qui se rendent dans leur famille. Même les personnes résidant à l’étranger s’efforcent de rejoindre leurs familles pour partager cette fête ensemble !

Pour aborder les célébrations traditionnelles convenablement, nous devons revenir à l’origine de celles-ci. Mais au-delà de l’aspect traditionnel, le nouvel an est aussi une occasion de repartir sur un nouveau pied, après s’être débarrassé des mauvaises influences de l’année passée, afin de commencer cette nouvelle période sous de bons augures.

Le « passage de l’année » (过年 / 過年 guònián) qui s’effectue dans la nuit du dernier jour du douzième mois. Ce passage est à l’origine de ce nouvel an. Néanmoins, c’est surtout le terme « année » 年 (nián) qui revêt ici de l’importance.

Il s’agit du nom d’un monstre, Nian (年兽/年獸 nián shòu), qui venait rôder une fois par an pendant une nuit autour des villages, obligeant les habitants à se calfeutrer et à veiller jusqu’à son départ au petit matin.

Vous trouverez ci-dessous une vidéo reprenant cette légende et son histoire :

Chaîne YouTube : Daddy Henry

Avant les célébrations

Les préparatifs commencent les jours précédant le nouvel an. C’est le moment de faire un grand ménage, de préparer les présents à offrir à ses proches et acheter nourriture et offrandes pour les premiers jours suivant le nouvel an.

Une semaine avant le début des festivités, on retrouve en Chine « le petit Nouvel An », durant lequel une cérémonie a lieu pour faire ses adieux au Dieu du Foyer, dont l’effigie est collée dans la cuisine.

Selon les croyances, cette divinité effectue chaque année un long voyage pour rapporter les bonnes et mauvaises actions de la famille à l’Empereur de Jade. Afin d’obtenir sa clémence, les habitants lui offrent des offrandes (qui sont majoritairement collants, comme par exemple des bonbons) devant sa représentation, d’autres lui collent directement une sucrerie sur la bouche en espérant l’empêcher de dire du mal.

Le portrait est ensuite brûlé pour qu’il puisse s’envoler vers l’Empereur de Jade. Un nouveau portrait de celui-ci est accroché quelques jours plus tard dans la cuisine, afin de représenter symboliquement son retour dans le foyer.

A Taïwan cette pratique est également suivie. Elle ne concerne cependant pas uniquement le Dieu du foyer, mais plusieurs divinités, qui feront leur retour durant le quatrième jour de la nouvelle année.

Pendant cette semaine de préparatif, les magasins proposent de larges choix d’enveloppes et de décorations diverses, certaines aux motifs de l’animal de la nouvelle année, d’autres aux motifs très traditionnels ; on en trouve même ornées de personnages issus de la pop culture !

Lors du dernier jour des préparatifs, on affiche un peu partout des souhaits écrits sur du papier rouge, symbole de chance. Les caractères écrits sont majoritairement des caractères auspicieux tels que : le bonheur 福 (), le printemps 春 (chūn), etc. Ces papiers sont très souvent collés à l’envers puisque le caractère renverser 倒 (dào) et arriver 到 (dào) sont homophones. Cela illustre la volonté que ces signes de bon augure arrivent jusqu’au foyer.

Concernant les décorations, on doit changer les couplets qui ornent les portes des habitations. Ces banderoles de papier rouge sont accrochées de part et d’autre des portes ; y sont écrit des caractères permettant d’attirer la bonne fortune. Ces deux couplets, traditionnellement, se répondent. Autrefois, elles étaient faites à la main par des personnes aux dons littéraires et maîtrisant la calligraphie. De nos jours, s’il est possible de faire appel à un calligraphe, la plupart des gens se contentent de les acheter en magasin. Il existe même des variantes chrétiennes de ces banderoles, et les caractères qui y sont écrits sont issus de la Bible.

Les célébrations principales comportent un réveillon avec des plats aux noms auspicieux, suivi d’une nuit de veille, la distribution d’étrennes contenues dans des enveloppes rouges 红包(hóngbāo) et enfin l’allumage de pétards pour chasser les mauvais esprits et influences.

Le réveillon

Le repas du réveillon a souvent lieu au domicile des aînés de la famille, majoritairement paternelle, puisque le mode de vie et les coutumes sont traditionnellement patriarcales.

Le dîner peut commencer uniquement lorsque toute la famille est présente, mais, il n’est pas rare de retrouver des places vides autour de la table, dédiées aux personnes absentes. C’est un repas très copieux, qui comporte des plats symboliques pour assurer la santé, les études, etc.

Le poisson 鱼 / 魚 (), homophone de surplus 余/ 餘 (), doit être présent à chaque repas pour garantir qu’il y aura du surplus tous les ans et qu’on ne manquera jamais de rien. Pour rendre ce plat davantage symbolique, certains ont l’habitude de ne pas le finir pour la Chine, à Taïwan cette habitude semble plus systématique.

Dans le nord de la Chine et à Taïwan, on retrouve très souvent un plat de ravioli 饺子(jiǎozi) parce que leur forme évoque les 元宝 yuánbǎo, des lingots anciens. A Guangzhou et Shanghai, on retrouve le canard aux huit trésors.

Le dessert traditionnel est le « gâteau de l’An » 年糕 (niángāo) qui comporte aussi un caractère homophone. 糕 gāo (gâteau) est homophone avec 高 gāo (haut), symboliquement, il s’agit d’un gage de croissance dans tous les domaines souhaités.

Après ce festin, vient le moment d’un rituel très important et emblématique de la culture asiatique : la distribution des enveloppes rouges, 紅包 hóngbāo en mandarin, qui contiennent de l’argent. Ce rituel est assez codifié, que ce soit concernant son contenu ou la façon de l’offrir/le recevoir. On offre des enveloppes aux membres de sa famille à partir du moment où on intègre le monde du travail. On en donne aux enfants et aux jeunes adultes pas encore mariés. Lorsqu’on est marié, les enveloppes vont par paires (on en donne une seule seulement si on est célibataire ou veuf).

Pour le contenu, on évite les pièces et privilégie les billets. Ces derniers ne doivent pas être usagés, ce qui explique la grande affluence aux guichets de retrait des banques à cette période de l’année. La somme choisie doit respecter une règle très importante : la somme doit être pair (à l’exclusion du chiffre 4, qui est un homonyme du mot mort). On peut par exemple mettre 2000 ou 6000 dans l’enveloppe. Le montant peut varier selon les moyens de la personne et le lien entretenu avec le destinataire.

Au moment de donner les enveloppes, il est d’usage d’utiliser des termes et expressions de bon augure. Par exemple, un jeune adulte qui donnerait une enveloppe rouge à un aïeul pourrait utiliser l’expression 呷白二, qui se prononce chiah pah-ji en taïwanais, et qui signifie que l’on souhaite que la personne vive jusqu’à 120 ans et exprime l’espoir que la personne vive vieux et en bonne santé.

Pendant la nuit, les enfants peuvent faire éclater des pétards ou faire brûler des feux de bengale (fusée de détresse) en attendant la chaîne de pétard que chaque foyer doit allumer à l’arrivée du premier jour de l’année. Cependant, à cause de nombreux accidents, les feux d’artifices privés sont désormais interdits en Chine et ont été remplacés par des modèles électriques lumineux et sonorisés. A Taïwan, on retrouve toujours les feux d’artifices privés.

Il s’agit aussi traditionnellement d’une nuit où il faut se coucher le plus tard possible. Cela est un gage de longévité, pour s’occuper, les familles regardent la télévision ou jouent au mahjong et des jeux de hasard.

Premier jour de l’année

Après une courte nuit, on ouvre grand les portes et on fait brûler encens et bougies pour honorer les esprits et les ancêtres. On allume également des pétards (firecrackers), une vieille tradition issue de la légende du monstre Nian, puis on se rend au temple local et sur la tombe de leurs ancêtres s’ils sont à proximité. Il est considéré que plus la visite au temple est précoce, plus nous serons chanceux dans l’année. Les familles qui disposaient de moyens commandaient une danse de lion ou de dragon (ce qui représente la noblesse, la bravoure et la chance).

La première journée étant consacrée aux visites, on commence par les personnes les plus importantes : parents aînés, supérieurs hiérarchiques afin de leur présenter les vœux pour la nouvelle année. De nos jours, cela se fait majoritairement par téléphone.

On prépare aussi de la nourriture, notamment des fruits et de petits snacks sucrés à offrir aux invités. Manger sucré symbolise 富貴吉祥, la richesse et la bonne fortune. L’échange des vœux respecte un principe de réciprocité, très important dans la tradition chinoise.

Pour ce premier jour de la nouvelle année et afin d’éviter de s’attirer la mauvaise fortune, il a des règles à respecter. Il ne faut, par exemple, pas faire le ménage ou sortir ses poubelles, sous peine de prendre le risque de se débarrasser de la bonne fortune en même temps que de la poussière. On évite de se laver les cheveux pour la même raison.

Il faut également éviter d’acheter des livres 書 shū ou des chaussures 鞋 xié, car ces mots sont respectivement, en chinois mandarin, des homonymes de 輸 shū, qui signifie ‘perdre’ et de 邪 xié, qui signifie ‘mauvais’.

Autre exemple, il faut éviter de manipuler des objets tranchants, car se blesser serait un signe de malchance. De la même façon, on est aussi précautionneux que possible en manipulant des objets fragiles. Si on brise néanmoins quelque chose accidentellement, il faut aussitôt dire: 歲歲平安, qui se traduit par ‘la paix toute l’année’ (歲 suì étant un homonyme de 碎 suì qui signifie ‘briser’). C’est une façon de conjurer le sort.

Le deuxième jour

Le 2e jour de la nouvelle année, il est coutume d’aller rendre visite à la famille de l’épouse. Traditionnellement, on dit qu’il ne faut pas rester trop tard, pas après 15h. mais de nos jours, avec la distance géographique, les gens restent parfois plusieurs jours sur place.

Pourquoi visiter seulement le 2e jour et ne pas rester trop longtemps ?

La raison trouve son origine dans une vieille histoire. On dit que cela a commencé durant la dynastie des Ming. Une jeune femme avait été mariée dans une famille pauvre. Le matin du nouvel an, elle pensa avec nostalgie à la maison de sa famille et s’enfuit pour y retourner. Elle fut cependant rattrapée et ramenée dans la famille de son mari. Depuis lors, il est interdit de se rendre dans la famille de l’épouse le 1er jour.

S’il y a des enfants dans la belle-famille, il faut préparer des enveloppes rouges (en plus d’autres cadeaux). Si le couple qui rend visite a des enfants, la belle-famille offre des pattes de poulet ou attache autour du cou de l’enfant une pièce de monnaie ancienne à l’aide d’un fil rouge. On mange ensemble, on parle de l’ancien temps.

Le troisième jour est déconseillé pour les visites, il est considéré comme un jour où on peut facilement faire face à des altercations.

Le cinquième jour

Les commerces ouvrent à nouveau leurs portes. Les gens retirent ce qui a été offert en sacrifices aux divinités. De grands repas sont organisés pour la famille et les amis. On accueille le dieu de la fortune. Au cours de cette journée, des pétards sont aussi allumés et des danses de lions peuvent être commandées.

Le neuvième jour

Le 9e jour est l’anniversaire de l’Empereur de Jade. C’est également la première festivité importante depuis le début de l’année. On fabrique des gâteaux de riz en forme de tortue, et on prépare un sacrifice (animal ? 牲禮). On fait brûler de l’encens pour l’Empereur de Jade et on prie pour la paix du foyer.

Enfin, le quinzième jour du premier mois est la dernière journée du printemps qui est marquée par la fête des lanternes.

Fun fact

Saviez-vous que les jeux de mots en rapport avec la nouvelle année lunaire qui débute sont monnaie courante ? Meana en est particulièrement friande !

En voici deux exemples :

  • Pour cette nouvelle année du lapin : Happy new year 兔 you (Happy new year Tù You)
  • Pour l’année du bœuf : Happy 牛 Year (Happy Niú Year)

On retrouve ces jeux de mots jusque dans le couplet de Nouvel an de la présidence taïwanaise ! Cette année par exemple, le couplet pour l’entrée dans l’année du lièvre disait ceci : 喜福運途. C’est un souhait de bonheur et fortune ; le dernier caractère est un homonyme du mot lièvre [兔].

Le déroulement du nouvel an en Corée

Contrairement à la Chine et Taïwan où la célébration et les festivités du nouvel an sont plutôt longue, en Corée (Nord et Sud) le nouvel an ne dure que trois jours.

Seollal a également un sens différent pour la péninsule coréenne. Même si la Corée utilise le calendrier luni-solaire, le nouvel an a un autre aspect : il s’agit d’une fête dédiée aux ancêtres.

Comme en Chine et à Taïwan, la Corée voit aussi une période de migration intense avec le retour de chacun au sein de leur famille pour fêter le nouvel an et réaliser les rites pour les ancêtres.

Le jour de fête

Le matin du jour de fête, les Coréens commencent par réaliser le Saebae (세배). Le Saebae est une façon de saluer les aînés en s’inclinant le plus bas possible face à ces derniers. Ainsi, au cours de ce rituel, les enfants saluent leurs parents, leurs grands-parents puis tous les aînés proches tout en leur disant  새해 복 많이 받으세요 (Saehaebogmanh-ibad-euseyo) qui signifie « Recevez beaucoup de bonheur pour le nouvel an ».

Après ces salutations, les aînés retournent les vœux et donnent les saebaedong (새배동) qui correspondent aux 红包 hóngbāo chinois.

Par la suite, les familles disposent soigneusement des plats sur une table pour pouvoir débuter la cérémonie du Charye (차례) dédiée pour honorer les esprits et les ancêtres.

Lorsque nous nous rendons dans ces pays, nous devons faire attention à ne pas planter les baguettes dans le riz, qui rappelle l’encens funéraire, ou de mettre la cuillère dans le bol. C’est d’autant plus le cas lors du repas de Seollal, puisque ces gestes rappellent le repas pour les morts.

Traditionnellement pendant les repas, les Coréens mangent du Tteokguk (떡국), une soupe à base de pâtes de riz. C’est en mangeant ce bol que les Coréens ont une année de plus. La recette de ce plat varie aussi selon les familles et les régions. On peut ainsi y trouver du bœuf, du poulet, des raviolis mais aussi des huîtres !

Parmi les plats, nous retrouvons aussi du Garaetteok (가래떡) : des pâtes de riz blanc et longs, symbolisant la longévité ou la richesse lorsqu’elles sont coupées en rondelles puisqu’elles ressemblent à de la monnaie, du Jeon (전), les pancakes coréens ou encore du Japchae (잡채), des nouilles de patates douces.

Seollal étant une période festive, les Coréens portent les hanbok (한복), vêtements traditionnels, ou une variantes moderne de cette tenue.

En Corée, nous pouvons aussi voir des « maisons lunaires ». Celles-ci sont faites en bois et sont inflammables. Cette « maison » est ensuite brûlée pour symboliser la chasse des mauvais esprits pour la nouvelle année, certains ajoutent aussi leur souhait afin que ces derniers puissent se réaliser.

Seollal reste une fête familiale, c’est aussi le meilleur moment pour passer de bons moments ensemble et s’amuser. Pour ce faire, les Coréens jouent à des jeux au moment des festivités. En famille, ils jouent au yunnori (윷놀이). Il s’agit d’un jeu de plateau que l’on pourrait rapprocher au jeu des petits chevaux en Occident.

Les hommes et les garçons jouent au cerf-volant appelés Yeon (연) et au Jegichagi (제기차기) qui correspond au jeu de jongle (un peu comme au football) coréen. Les femmes et les filles jouent au neolttwigi (널뛰기) qui correspond à un jeu de balançoire à bascule et au gongginori (공기놀이) qui correspond à un jeu de lancer de pierre et dont le but serait de réussir à les rattraper dans sa main.

Et les signes du zodiaque dans tout ça ?

Comme en Occident, l’Asie a aussi sa propre astrologie. Elle est différente de la notre mais est étroitement liée au nouvel an. Mais avant tout…

Connaissez-vous l’histoire des signes du zodiaque ?

En Asie, un conte existe pour expliquer la place des animaux parmi les douze. Ce conte, comme la majorité d’entre eux, possède plusieurs variantes selon les pays. Vous trouverez une variante chinoise du conte ci-dessous suivi d’une vidéo de sa variante en japonais :

« Un jour, l’empereur de jade décida qu’il était temps pour lui de rencontrer tous les animaux de son royaume. Il envoya alors ses messagers à travers la Chine pour qu’ils diffusent la nouvelle.
Dès que le cochon apprit que l’empereur l’invitait, il se rendit sans tarder au palais et lui demanda la chose suivante :

– Empereur, m’autoriserais-tu à accueillir les animaux qui vont arriver ?

– N’es-tu pas un peu brouillon, Cochon, pour occuper cette fonction ?

– Mais non, mais non, répondit Cochon, je suis l’homme… enfin, le cochon de la situation.

– Bien. Si tu es sûr de toi, j’accepte ! dit l’empereur.

Les jours passèrent, seulement onze animaux vinrent au palais. C’était bien peu ! Mais lequel d’entre eux, Cochon, allait-il présenter le premier à sa Majesté. Après tout, ils avaient tous fait un long voyage pour le rencontrer. Pour les départager, Cochon leur soumit une idée :

– Mes amis, dit-il, pour éviter toute dispute, je vous propose de participer à une course. Ensuite, je  vous présenterai à sa Majesté dans l’ordre d’arrivée !

Tous acceptèrent et se placèrent docilement derrière la ligne de départ. De gauche à droite, on pouvait voir le chien, le cheval, le singe, le rat perché sur le buffle, le serpent, la chèvre, le dragon, le tigre, le lapin et pour finir le coq. Quand le cochon donna le signal du départ, tous s’élancèrent dans un nuage de poussière. La course se déroula dans la plus grande confusion. On entendait aboyer et hennir, on se donnait des coups de sabots, de griffes et d’ergots et quand enfin tous eurent passé la ligne d’arrivée, c’est à la surprise générale que le rat fut déclaré vainqueur.

– Comment ça ! dit le buffle. Le rat était sur mon dos. Je suis donc premier ou nous sommes ex aequo ! 

– Non, non, dit Cochon. Il a sauté sur la ligne d’arrivée avant que vous ne la passiez.

Le buffle était mécontent mais pas autant que le tigre et le dragon, arrivés troisième et quatrième.

– Un rat et un buffle devant nous ! gronda le tigre

– ça ne se passera pas comme ça ! ajouta le dragon.

– Calmez-vous, calmez-vous ! répondit Cochon. Tigre, si tu restes troisième, je te nomme roi des animaux terrestres et toi Dragon, je te nomme roi des animaux aquatiques.

– Et moi, le coq, je t’offre mes cornes en guise de couronne.

– Quant à moi, le lapin, je te propose de jouer à la course ta quatrième contre ma cinquième place. Grisé par toutes ces annonces le dragon ne flaira pas le piège que lui tendait le lapin et accepta. Le lapin ajouta : 

– Le premier qui sortira du bois voisin sera déclaré vainqueur. 

Après un début de parcours à l’avantage du dragon, ses nouvelles cornes se prirent dans les branches et il perdit la course et sa quatrième place. Furieux, il s’en prit au coq :

– C’est ta faute, si tu ne m’avais pas donné ces maudites cornes ! 

– Comment ça, ma faute ! Si tu n’es pas content, tu n’as qu’à me les rendre !

– Jamais ! sauf si un jour le soleil se lève à l’ouest ! (rappelons qu’à l’époque, le soleil se levait déjà à l’est et que ça n’a toujours pas changé).

– Et toi Cochon, dit le coq, tu ne fais rien ! Espèce de brouillon, torchon, cornichon !

– ça suffit maintenant ! Coq, pour te punir de ton insolence, tu seras présenté le dernier derrière le serpent, le cheval, la chèvre, le chien et le singe.

Pendant que le cochon tentait de calmer le coq, le chien, qui jusque-là n’avait rien dit, vint voir le lapin et lui rappela que s’ il courait si vite c’était un peu grâce à lui.

– Pourquoi ? lui demanda le lapin.

– Et bien, parce que c’est moi qui t’ai dit de raccourcir ta queue pour devenir plus rapide (rappelons qu’à l’époque la grande queue des lapins se prenait dans leurs pattes arrières et les empêchait de courir vite, si, si).

– Et ?

– Tu pourrais me remercier en demandant au cochon qu’il m’offre la cinquième place.

– Non, vraiment,  je ne vois pas pourquoi je le ferais. 

Le chien devint alors, comment dire… d’une humeur de… chien et le mordit. Le cochon était tellement agacé, qu’il le punit en lui donnant la dernière place derrière le coq. Quand enfin le calme fût revenu, Cochon termina son classement en inscrivant son nom… en tête de la liste et s’empressa de la porter à l’empereur. Le cochon lui expliqua alors comment il avait facilement remporté la course, quelle autorité il avait sur les autres animaux, avec quelle facilité il avait tout organisé, comment il av…

– Cochon !

– Oui ?

– Fais-les tous entrer.

– Tous en même temps ?

– Oui.

Quand ils furent tous là, l’empereur leur dit la chose suivante : Mes chers amis, vous n’êtes que 12 à avoir répondu à mon invitation et pour cette raison vous méritez une récompense. À compter d’aujourd’hui, chaque année portera le nom de l’un d’entre vous, dans l’ordre suivant : Ta tactique fut remarquable, le rat, tu mérites cette première place, la seconde est à toi le buffle, Tigre, la troisième te revient, la quatrième, Lapin, grâce à ton astuce sera tienne, Dragon, si mauvais joueur, il faudra te satisfaire de la cinquième, Serpent, la sixième est pour toi, Cheval je t’offre la septième, Chèvre, je t’accorde la huitième, Singe, il te faudra patienter jusqu’à la neuvième, Coq, ta gentillesse n’est pas récompensée, mais accepte la dixième, quant à toi, Chien, au fichu caractère, tu te contenteras de la onzième… Enfin Cochon, pour m’avoir menti, estime-toi heureux que je t’accorde cette douzième place ! »

Chaïne YouTube : うごく絵本ちゃんねる

Dans la variante japonaise, nous retrouvons la course entre les différents animaux. Cependant, on retrouve aussi le chat dans cette course que nous ne voyons pas dans la version chinoise.

En japonais, lorsque l’Empereur de Jade fait son annonce pour la course des animaux, le chat dormait dans son coin et n’a pas entendu les instructions. Il demanda à son ami le rat qui lui indiqua que les animaux avaient plus de temps qu’annoncé par l’empereur. En conséquence, le chat est arrivé un jour en retard et n’a pas pu intégrer les animaux du zodiaque suite au mensonge du rat.

Les contes sont une façon de transmettre les traditions, mais en réalité, l’astrologie s’appuie sur des éléments bien concrets que nous traiterons dans un autre article dédié aux signes du zodiaques.

Malgré des divergences (souvent mineures), les contes dans les différents pays sont très similaires. Il y a une exception parmi tous les pays d’Asie : le Vietnam. En effet, le lapin ne figure pas parmi les autres animaux du zodiaque dans la tradition vietnamienne, et est remplacé par… un chat !

Peut-être vous demandez-vous d’où vient cette différence ?

Il existe de nombreuses théories qui peuvent expliquer cette raison. Pour certains, l’explication vient du fait que dans les rizières, les agriculteurs faisaient face à de nombreuses souris et avaient des chats pour s’en débarrasser rendant l’animal populaire auprès de la population. Pour d’autres, c’est parce que le lapin et la souris sont des animaux proches par nature et ils ont voulu éviter d’avoir des animaux similaires et proches dans la calendrier ou encore il pourrait s’agir d’une simple erreur de traduction du chinois.

Qu’est-ce que l’astrologie chinoise nous dit pour l’année du lapin d’eau noire ?

En général, le lapin reste un signe de bon augure et rythmée par de la chance. Pour la déterminer, les Chinois s’appuient sur le caractère de l’animal : la vigilance, l’esprit, la prudence et l’adresse. Le signe du lapin est aussi un symbole de longévité, de paix et de prospérité dans la culture chinoise, en raison de ses performances reproductives prolifiques, toujours prêt à s’accoupler en toute saison.

Une année qui s’annonce donc bonne, sauf peut-être pour les personnes du signe du lapin : à Taïwan, on considère en effet que la chance ne sourit pas aux porteurs du signe de l’année en cours…

Voilà qui conclu notre article sur le sujet. Je tiens à dire que peu importe le calendrier, les traditions ou les dates, nous vous souhaitons à tous une très bonne année 2023 et vous envoyons nos meilleurs vœux !

Happy new year 兔 you !

Publié par Corall

Passionnée par l'Asie depuis mon plus jeune âge, j'ai eu la chance de pouvoir visiter certains de ses pays, et notamment, la Chine, le Japon et la Corée du Sud. J'ai également eu la chance de pouvoir vivre un an en Chine dans le cadre de mes études et souhaite aujourd'hui vous faire découvrir les incroyables expériences que nous avons pu vivre lors de nos séjours.

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