- Titre du livre: Les enfants du silence
- Auteur: GONG Ji-young
- Traduit du coréen par Lucie MODDE
- Editeur: Picquier poche
- 352 pages – EAN : 9782809716344
- Parution: 12 mai 2023
Résumé du Les enfants du silence
Il faut avant tout savoir que les événements racontés dans ce roman sont vrais. Ils ont réellement eu lieu.
Lorsque Inho arrive dans cette petite ville coréenne noyée dans le brouillard, il a un mauvais pressentiment. Il vient d’être nommé professeur dans une école privée et rien ne le destinait au combat qu’il va devoir y mener pour faire éclater la vérité. Ce que découvre rapidement Inho, c’est que les élèves de cette institution sont victimes de sévices et d’abus sexuels depuis plusieurs années, avec la complicité de membres de la police et des autorités locales. Ces enfants sont d’autant plus réduits au silence qu’ils sont atteints de surdité.
Face à la puissance et au mépris de ceux qui détiennent le pouvoir, la solidarité, le courage, l’obstination seront-ils suffisants pour que justice soit rendue ?
Gong Ji-young est une écrivaine profondément convaincue que les livres peuvent changer le monde. Et parfois en effet ils y arrivent. Ce roman poignant a provoqué un séisme dans la société coréenne et une nouvelle loi a été votée, qui durcit les peines pour les auteurs d’agressions sexuelles sur les mineurs et les handicapés.
A propos de Gong Ji-young
Gong Ji-young est une romancière sud-coréenne née dans les années 1960. Elle est titulaire d’une licence en littérature, obtenue à l’université Yonsei.
Dans les années 1980 et 1990, des autrices coréennes ont révolutionné la littérature nationale, en introduisant de nouvelles perspectives, en abordant des thèmes sociaux cruciaux et en expérimentant avec des formes littéraires innovantes. Gong Ji-young est l’une des autrices les plus connues de cette « nouvelle vague », mais on peut également mentionner Bae Suah, Oh Jung-hee et Park Wan-suh.
Elle s’intéresse dès son adolescence à l’écriture, et commence par des récits et des poèmes. Ses premiers travaux sont marqués les mouvements étudiants pour la démocratisation du pays qui ont éclatés dans les années 1980.
Ainsi, son premier roman, intitulé « 동트는 새벽 » (dongteuneunsaebyeog, littéralement « L’aube se lève »), publié en 1988, est étroitement lié aux manifestations de l’époque. Il fait référence à la période pendant laquelle elle était en détention, conséquence de sa participation à un mouvement de protestation déclenché suite à des fraudes électorales lors des élections présidentielles de 1987.
Ce premier livre marque le début de sa carrière littéraire.
Autrice prolifique, elle a écrit plus d’une trentaine d’œuvres, qui se concentrent principalement sur deux axes : d’une part sur la condition des travailleurs en Corée du Sud, les exclus et les personnes victimes d’ostracisme, et d’autre part sur la place des femmes dans une société post-dictature et patriarcale et l’égalité des sexes comptent parmi ses sujets de prédilection.
C’est l’une des premières autrices en Corée à utiliser Internet pour faire sa promotion. Ainsi, en 2008, elle publie pendant six mois Les enfants du silence sur le portail Daum (un portail web aujourd’hui connu sous le nom Kakao).
Ses œuvres lui ont valu plusieurs récompenses, dont les plus notables sont le Oh Young-su Literature Award en 2004 et le Yi Sang Literary Award en 2011.
Sur le plan personnel, elle a été divorcée trois fois et est mère de trois enfants.
A propos du roman Les enfants du silence
Ce livre de non-fiction est basé sur la série d’abus et de viols perpétrés sur des enfants sourds dans la Gwangju Inhwa School entre 2000 et 2005. Les auteurs des agressions ont été jugés, mais ont reçu des sentences légères. Certains d’entre eux sont même retournés travailler dans l’école.
Gong Ji-young explique à la fin du livre pourquoi elle a décidé d’écrire ce roman. Une phrase d’un article traitant la dernière audience : « A l’instant où les peines des accusés avec sursis furent traduites en langue des signes, la salle du tribunal s’emplit des étranges hurlements des sourds« . Cela l’a profondément touchée, et l’a poussée à enquêter sur l’affaire. Dans Les enfants du silence, elle ne dénonce pas uniquement les agressions sexuelles : corruption, laxisme de la loi, mépris envers les personnes handicapées…
Le livre a d’ailleurs eu un impact considérable sur les consciences en Corée, par rapport à la situation des handicapés. Fort de son succès, le roman est ensuite adapté en film en 2011.
A propos de son adaptation au grand écran
Le film entre dans la catégorie de film de procès, un genre cinématographique qui consiste à traiter d’affaires judiciaires fictives ou réelles, et dont le récit culmine avec la scène de procès au tribunal.

FICHE TECHNIQUE
- Titre original : 도가니 (Dogani)
- Titre anglais : Silenced
- Année : 2011
- Pays d’origine : Corée du Sud
- Durée : 125 minutes
- Réalisateur : Hwang Dong-hyeok
Silenced est disponible sur Neflix depuis 2019.
Le film entre dans la catégorie de film de procès, un genre cinématographique qui consiste à traiter d’affaires judiciaires fictives ou réelles, et dont le récit culmine avec la scène de procès au tribunal.
L’adaptation est plutôt fidèle au livre. Évidemment, il est toujours difficile de placer tous les éléments, ce qui oblige couper certains passages ou à modifier des détails. C’est par exemple le cas de la situation familiale de Kang Inho, le professeur. La plus grosse différence se trouve à la fin du récit, mais elle faisait sens.
Nominé à trois reprises, le film a remporté le KOFRA Film Awards en 2012, et a également été récompensé dans un festival italien.
La sortie du film a causé un tollé en Corée du Sud, au point que cette colère populaire a été relayée dans de grands journaux internationaux, comme le New York Times et le Washington Post. Cela a conduit à la fermeture de l’école de Gwangju, le durcissement des peines déjà prononcées, et la mise en place de mesures pour mieux protéger les personnes vulnérables.
Le film a également eu un impact sur les ventes du livre, lui permettant d’intégrer la liste des bestsellers en Corée du Sud.
Mon avis sur le roman Les enfants du silence
Gong Ji-young est réputée pour sa plume très engagée. Elle estime que la littérature permet de porter des combats et de mettre en lumière des faits de société qui lui tiennent à cœur. Une noble cause, mais qui garantie des romans terriblement déchirants.
Et si j’ai été touchée par les récits croisés de Yujeong et Yunsu dans Nos jours heureux, le sort de ces pauvres enfants dans Les enfants du silence m’a bouleversée. Ce genre de thème n’est jamais facile, mais savoir que le récit est inspiré de faits réels rend les actes qui y sont retranscrits particulièrement glaçants.
Nos jours heureux
Yujeong a le cœur en miettes lorsque sa tante Monica, qui est religieuse, l’emmène à la Maison d’arrêt de Séoul visiter un condamné à mort. Rien ne semble pouvoir rapprocher une jeune désespérée de bonne famille d’un triple meurtrier, et pourtant…
Lire la suiteA travers son récit, Gong Ji-young redonne la parole aux victimes. Ces enfants sont touchants et conservent une certaine innocence, en dépit des horreurs qu’ils ont traversé. Le récit suscite autant la compassion que la colère. Colère à l’encontre des coupables. Colère face à la corruption latente qui ralentit et compromet le travail de la justice. Colère face à l’indifférence.
À Mujin, ville fictive du récit de Gong Ji-young, le brouillard omniprésent symbolise l’ignorance et l’indifférence envers les souffrances des enfants. Il contribue à les isoler du reste du monde aussi efficacement que les murs d’enceinte de l’école et les regards détournés. Le récit débute et se termine avec le brouillard, soulignant que le combat continue.
Je n’ai mis que quelques jours à le lire, mais j’ai régulièrement dû faire des pauses, parfois de quelques minutes, parfois jusqu’au lendemain. Le récit est souvent trop déchirant, au point de devoir prendre un peu de recul avant de poursuivre. C’est le genre de livre dont le récit continuera à me hanter longtemps. Mais je n’en regrette pas la lecture et je ne saurais que trop vous la conseiller !
Livre prêté – Fiche rédigée le 05/01/2024
