Les nœuds chinois, de fonctionnels à décoratifs

Trois types de noeuds chinois traditionnels

Utilisé en Chine depuis des siècles, sa fonction première des nœuds chinois est d’éloigner les mauvais esprits. Il revêtait alors une signification spirituelle, et était utilisé dans le bouddhisme et le taoïsme. De nos jours, il a en grande partie perdu cette symbolique. Considéré comme un porte-bonheur, il sert principalement de décoration ou de souvenir.

Un nœud chinois est un nœud qui est noué et tissé à partir d’une seule longueur de corde pour obtenir des formes variées et complexes. Chaque forme a sa propre signification ou symbolique. De nos jours, on trouve ces objets comme décorations, cadeaux pour des occasions spéciales ou encore ornements sur les vêtements.

noeud chinois servant de bouton à un manteau traditionnel
Les habits traditionnels chinois utilisent ainsi les nœuds 纽扣结 en guise de boutonnières (CR: Corall & Meana)
porte-bonheur chinois, composés d'un noeud et d'une pièce en bois gravée
Souvenirs achetés en Chine en 2015 (CR: Corall & Meana)

Ils sont majoritairement rouges, car cette couleur représente le bonheur et la prospérité. Mais on peut également trouver des nœuds dans d’autres couleurs.

Bien qu’ils soient constitués avec une seule longueur de fil, ils peuvent être doublés pour ajouter de la couleur ou du relief. Ainsi, les nœuds que l’on achète en souvenir en Chine sont très souvent doublés de fils blancs et dorés, ce qui permet de trancher avec le rouge.

Par ailleurs, les nœuds sont symétriques dans toutes les directions : cela signifie sont qu’il n’y a pas de distinction entre la tête et la queue. C’est l’ajout d’autres éléments, comme des pièces traditionnelles, des perles décoratives, des décorations sculptées ou encore les pompons qui lui confère une orientation.

Il existe de nombreux types de nœuds, qui sont nommés d’après leur forme ou leur signification. En voici quelques exemples :

En chinois, le mot nœud se dit 结 jié. Il est intéressant de noter que ce caractère est utilisé dans de nombreuses expressions qui reprennent le sens de « lien ». C’est par exemple le cas pour 结盟 (jiéméng, former une alliance) ou encore 团结 (tuánjié, unir).

Ce caractère se retrouve également dans le vocabulaire du mariage. On a ainsi des expressions comme 结亲 (jiéqīn, se marier), 结婚 (jiéhūn, se marier) ou 结合 (jiéhé, être uni dans le mariage).

La littérature classique chinoise fait beaucoup mention des nœuds comme symbole de l’attachement émotionnel entre deux amoureux. C’est par exemple le cas de l’un des quatre grands romans de la littérature classique : Le Rêve dans le pavillon rouge, écrit par Cao Xuequin au 18e siècle.

Il n’est pas étonnant que les nœuds occupent une place importante dans le mariage traditionnel chinois.

Par ailleurs, ils sont fabriqués à partir de fils que l’on appelle 绳 shéng en chinois. Certains chercheurs considèrent que la similitude de prononciation avec 神 shén (les dieux) a joué un rôle dans l’essor de popularité de cet artisanat durant les dynasties Tang et Song.

Les premières descriptions écrites des nœuds chinois datent des dynasties Tang (618-907) et Song (960-1279). Pourtant les recherches archéologiques révèlent que cet art remonterait à la préhistoire.

En effet, des fouilles archéologiques sur le site de Zhoukoudian, mis à jour dans la région de Pékin dans les années 1930, ont permis de trouver des outils vieux de 100 000 ans. Les chercheurs estiment que ces aiguilles en os pourraient avoir servi à faire et défaire des nœuds. Cependant, aucun nœud d’époque n’a été retrouvé jusqu’à présent, en raison de la faible préservation des matériaux utilisés.

D’autres objets parfois très anciens en évoquent cependant l’existence.

C’est par exemple le cas de vaisselle en bronze datant de la période des Royaumes combattants (-476 à -221), de sculptures sur bois bouddhistes datant de la période des dynasties du Nord (317-581) ou encore de peintures de la route de la soie datant de la dynastie des Han occidentaux (-206 – 6).

Des textes anciens y font également référence. Ainsi, le Dao de Jing, texte fondateur du taoïsme (~400 AEC), et le Yi Jing, classique chinois relatif à la divination et à la cosmologie (~168 AEC), mentionnent que les nœuds étaient utilisés à l’époque pour valider des accords et des contrats.

De plus, Confucius (551-479 AEC) écrit que les hommes de l’antiquité utilisaient les nœuds pour communiquer leurs ordres, puis ceux qui leur ont succédé les ont remplacés par des signes et des figures.

En enregistrant les évènements importants, les nœuds remplissaient donc des fonctions d’archive. Ils étaient également utilisé de façon plus pratique pour la pêche et la chasse, ou encore pour tenir des objets en place.

La preuve la plus ancienne d’une utilisation décorative des nœuds daterait de la période des printemps et automne (770-476 AEC).

Lydia Chen évoque, dans son livre The Complete Book of Chinese Knotting (2003), un petit pot carré à anse haute qui serait aujourd’hui exposé au Shanxi Museum et qui montrerait cet usage décoratif.

C’est durant la dynastie Tang (618-907) que l’objet devient de plus en plus populaire. Les nœuds chinois ont été utilisés pour la décoration artistique ou encore pour symboliser et exprimer des pensées et des sentiments.

A partir de ce moment, un certain nombre d’artisans étaient stationnés à la cour et à l’extérieur de la cour pour produire des cordes et des nœuds afin de répondre à la demande croissante de ces derniers à différents endroits de la cour. Les cordons, les nœuds et les pièces ont été fabriqués séparément pendant très longtemps et ont été combinés bien plus tard.

La popularité du nouage chinois atteint son apogée durant la dernière dynastie chinoise, celle des Qing (1644-1912), pour disparaître presque complètement à l’époque républicaine. En fait, l’art a presque disparu à la fin de la Révolution culturelle.

C’est un récent regain d’intérêt pour l’artisanat traditionnel et le folklore local qui a empêché cet art de disparaître à jamais.

Comme pour l’écriture ou le bouddhisme, cet artisanat ne reste pas bloqué à l’intérieur des frontières du pays. Il se répand ainsi dans la péninsule coréenne et au Japon. Le nœud chinois se modifie sous les influences locales, revêtant d’autres usages et d’autres symboliques. En Corée, on parle de maedeup, au Japon, on parle de kazarimusubi.

A noter qu’une forme de nœud existait déjà sur ces territoires avant l’arrivée du nœud chinois. Mais cela se limitait davantage à un usage pratique, par exemple pour la fabrication des filets de pêche ou encore les techniques employées pour attacher son arme à sa taille. Le nœud au sens décoratif du terme n’existait pas encore.

Lorsque le bouddhisme arrive dans la péninsule coréenne au IVe siècle, il n’arrive pas seul. Il emmène en effet avec lui l’art des nœuds chinois, qui prend le nom de maedeup 매듭, ce qui veut tout simplement dire nœud.

Ils s’adaptent alors à la culture locale et à ses caractéristiques, adoptant des designs, des couleurs et des symboliques différentes. Ils sont ainsi plus serrés que les nœuds chinois ou japonais, et sont davantage fait en plusieurs dimensions. Leur pompon est également plus long que celui des nœuds chinois.

Ils étaient à l’origine uniquement utilisés par l’aristocratie, avant de s’étendre plus tard au reste de la population.

Durant la dynastie Joseon (1392-1910), les nœuds décoratifs se diversifient et se complexifient. Symboles d’un haut statut, ils servent à décorer les instruments traditionnels et les vêtements, notamment ceux des femmes.

Instruments datant de la période Joseon, exposés à Deoksugung (CR: Corall & Meana, 2023)

Ils gagnent en popularité auprès du grand public lors de l’occupation japonaise (1910-1945). Malheureusement, les politiques mises en place les autorités japonaises visent à détruire la culture coréenne et les nœuds décoratifs en font les frais.

Aujourd’hui, l’art du nouage décoratif (maedeupjang) est désigné comme Patrimoine Culturel Immatériel National n° 22 par le gouvernement coréen.

Il existe plus d’une trentaine de nœuds de base, qui varient selon la région dont ils proviennent. Ils tirent le plus souvent leur nom d’insectes, de fleurs ou d’objets du quotidien. Le plus connu est un nœud à double connexion, appelé dorae.

Le nœud chinois gagne l’archipel japonais de deux façons. Comme pour la péninsule coréenne, le bouddhisme emmène avec lui cet artisanat et atteint l’archipel aux Ve et VIe siècle. D’autre part, cet artisanat arrive directement depuis l’empire de la dynastie Sui, lorsqu’une délégation japonaise au retour de Chine aurait offert en 607 à l’empereur du Japon un cadeau, qui était décoré d’un nœud rouge et blanc qui symbolisait un voyage sûr.

Au Japon, il prend le nom de kazarimusubi 飾り結び, qui est composé des mots kazari (décoration) et musubi (nœud). Ce terme désigne autant la méthode pour les fabriquer que les nœuds eux-mêmes.

Deux arts dérivent du kazarimusubi : le mizuhiki 水引 et l’hanamusubi 花結び.

Nous avons déjà consacré un article à l’art du mizuhiki. Complexe et élégant, ce nœud sert à sceller les lettres annonçant les bonnes nouvelles comme une naissance ou un mariage. Fabriqué à l’aide de longs fils de soie assez rigides, le choix des couleurs respecte un code précis.

Mizuhiki, un art traditionnel aussi symbolique de coloré

L’art du mizuhiki aurait été introduit pour la première fois au Japon en 607 de notre ère. Une délégation japonaise au retour de Chine aurait offert à l’empereur du Japon un cadeau, qui était décoré d’un nœud rouge et blanc qui symbolisait un voyage sûr. De là viendrait la…

L’hanamusubi semble, quant à lui, peu documenté. Le terme est composé des mots hana 花 (fleur) et musubi 結び (nœud). Comme son nom l’indique, ce type de nœud prend généralement la forme d’une fleur, mais peut également représenter des petits insectes, tels que des papillons ou des libellules. Yoshika Yajima explique dans son article intitulé « The Development of Hanamusubi Use in Tea and Incense Practices during the Edo Period » que ces nœuds étaient placés sur de petits sacs renfermant des objets ou produits de valeur. Cette habitude pourrait trouver son origine à la fin du XVe siècle, lorsque l’élite japonaise importaient des objets chinois.

L’hanamusubi revêt ensuite un rôle lors des cérémonies de thé durant la période Edo (1603-1868). Finalement, il se popularise avec l’essor des livres imprimés sur bois. Il s’agit d’un art féminin qui permet d’exprimer des symboliques auspicieuses ou tout simplement florales.

Illustration d’hanamusubi, Kōryuhouketsuzu (1762), Iwase Bunko Library (source)

Les nœuds japonais sont globalement plus simples et moins serrés que les nœuds chinois. Ainsi, leur utilisation est plus décorative que fonctionnelle.

Comme beaucoup de choses en Chine, les couleurs revêtent une grande symbolique. Dans certains cas, cette dernière est positive, dans d’autres au contraire, elle est néfaste.

Cinq couleurs se démarquent particulièrement.

Les cinq couleurs traditionnelles

Dans la cosmologie chinoise, cinq couleurs sont associées aux cinq éléments. Le noir est associé à l’eau, le rouge au feu, le jaune à la terre, le vert au bois, et enfin le blanc au métal.

Linguistiquement, un mot unique était utilisé pour désigner les couleurs allant du bleu au vert : 青 qing. Ces deux couleurs ont pourtant des significations un peu différentes, d’où le choix de les différencier ici.

Le noir, couleur de la peur

Par le passé, la couleur noire était considérée comme le roi des couleurs, et représentait le pouvoir et l’immortalité. Aujourd’hui, elle est davantage associée au malheur et à la tristesse. C’est la raison pour laquelle il ne faut pas porter cette couleur lors d’évènements comme les mariages ou les funérailles.

Le rouge, couleur de la joie

Comme je le disais plus haut, le rouge représente traditionnellement la chance, le bonheur et le succès. C’est la raison pour laquelle cette couleur est omniprésente lors des festivités de la nouvelle année ou lors des mariages.

Le jaune, couleur de la réflexion

Traditionnellement, le jaune était porté par l’empereur. Il représente donc le pouvoir, la royauté et la prospérité. De nos jours, il représente également la neutralité et la chance, c’est pourquoi il est souvent associé à la couleur rouge. Attention cependant à ne pas en abuser : le jaune est aujourd’hui également associé à la pornographie.

Le vert, couleur de la colère

Le vert est symbole d’espoir, de croissance et de propreté. Traditionnellement, il était également associé à la santé, la patience et la fertilité. Prenez garde aux chapeaux verts : culturellement, ils étaient portés par la famille des prostituées, et symbolisent l’infidélité.

Le bleu, couleur de l’harmonie

Le symbolisme de la couleur bleue est assez proche de celle de la couleur verte. Elle est ainsi associée à la prospérité et à l’harmonie, mais également à la guérison.

Le blanc, couleur du deuil

Symboliquement, le blanc représente le deuil et la mort. C’est donc une couleur qui porte malheurs. Elle a cependant acquis de nouvelles significations un peu plus positives, comme la luminosité, la pureté ou encore l’accomplissement.

Quelques couleurs en complément

Le rose

Le rose étant une nuance de rouge, il revêt le même symbolisme : joie et bonne fortune.

Le violet

Traditionnellement, le violet représentait l’immortalité et la divinité. Aujourd’hui, il symbolise également l’amour et la romance.

Le gris

Le gris n’est pas particulièrement faste. Il représente historiquement l’humilité et la modestie. Et acquiert plus récemment la signification de la mélancolie.

Le doré

Le doré est traditionnellement la couleur de la prospérité et de la fortune. Similaire au jaune, il est tout aussi bien considéré, et est souvent associé à la couleur rouge lors des évènements et festivités. Il revêt également de l’importance dans le bouddhisme : il représente la libération des problèmes du monde.

Le cordon utilisé traditionnellement pour fabriquer les nœuds est un cordon en satin rouge, en général de 1.5 à 2 mm de diamètre. Il est possible d’en trouver dans une multitude de couleurs, mais le diamètre ne change généralement pas. Non seulement ce type de fil est adapté aux différents nouages chinois, mais aussi coréens et japonais, mais on peut également s’en servir pour d’autres types de nouages.

Une alternative, particulièrement adaptée aux nouages plus grands, est la corde en para-corde. On en trouve de différentes tailles et couleurs, et elle a l’avantage d’être plutôt bon marché. Le rendu sera certainement un peu différent qu’avec un cordon en satin, mais tout dépend de l’effet recherché.

Personnellement, j’ai d’abord cherché du cordon en satin en magasin. Mais après avoir fait quelques merceries et Cultura sans en trouver, je me suis rabattue temporairement sur de la corde macramé rouge de 3 mm. Comme la para-corde, le rendu des nœuds est un peu moins fin, mais c’est plutôt pas mal pour se faire la main. Et le résultat n’est pas si mal, qu’en pensez-vous ?

Par la suite, je me suis résignée à commander sur Amazon. Il y a un grand choix de cordons en satin, avec beaucoup de couleurs différentes. Je vous partage le lien du lot que j’ai commandé, mais ce n’est ni une sponso, ni une affiliation.

Internet, et en particulier YouTube, regorge de tutos pour apprendre à faire ses propres nœuds. Personnellement, j’ai souvent du mal à comprendre lorsque je ne vois pas sous tous les angles, donc il y a beaucoup de types de nœuds que je n’ai pas pu reproduire.

Jusque là, je suis parvenue à faire différents types de nœuds, comme :

Nœud Pan Chang 盘长结

Nœud à double pièce 双钱结

Nœud papillon 蝴蝶结

J’ai encore beaucoup à apprendre, comme en témoignent mes nœuds doubles 双联结, utilisés dans la plupart des nouages mais que je rate au moins une fois sur deux. Mais je trouve que c’est une activité très relaxante. Et maintenant que j’ai dix rouleaux de quinze mètres, autant s’en servir !

Mais voici ma sélection de vidéos YouTube si vous voulez tenter :

Publié par Meana

Passionnée par les pays d’Asie du Sud-Est et leur culture depuis plus de 15 ans, j’ai voyagé en Chine, Corée du Sud, Japon et Taïwan. J’ai même vécu un an à Pékin ! Je m’intéresse particulièrement à la portée historique des lieux et concepts, et aux habitudes de vie asiatiques.

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