Ripoux à Zhengzhou

Couverture de Ripoux à Zhengzhou de Zhang Yu

  • Titre du livre: Ripoux à Zhengzhou
  • Auteur: ZHANG Yu 张宇
  • Traduit du chinois par Claude PAYEN
  • Editeur: Picquier poche
  • 416 pages – EAN : 9782877306997
  • Parution: 28 janvier 2004

Résumé de Ripoux à Zhengzhou

Deux modestes flics au cœur tendre, à la poursuite de pickpockets et de malfrats, découvrent éberlués les minables combines de leur cité provinciale où le célèbre slogan «  servir le peuple « , devenu un sujet de plaisanterie, a été remplacé par la carte de crédit et la corruption.

On comprendra aisément que les Chinois aient accueilli avec jubilation ce roman – un formidable best-seller – qui en dit plus sur les mœurs du socialisme à la sauce capitaliste que tous les reportages et les doctes traités économiques publiés au chevet de l’Empire du Milieu.

A propos de Zhang Yu

Zhang Yu, Source

Zhang Yu, écrivain chinois né en 1952 dans le Henan, débute sa carrière pendant la Révolution culturelle. Après des débuts modestes comme ouvrier, il rejoint la station de radio locale, devenant membre du bureau culturel et publiant sa première œuvre en 1979.

Écrivain et homme d’affaires, il est nommé rédacteur en chef d’une revue littéraire à la fin des années 1980, a été un temps vice-président d’un groupe immobilier et dirigeant du club de foot affilié. En 2001, il est élu président de l’Association des écrivains du Henan, un rôle qu’il a ensuite honoré en tant que président d’honneur.

Auteur prolifique, Zhang a produit romans, nouvelles et essais, recevant une vingtaine de prix littéraires en Chine. Et sa renommée franchit les frontières linguistiques, avec des traductions de ses œuvres en anglais, français, japonais, et d’autres langues.

En 2004, sa réputation est mise à mal lorsqu’il est accusé de plagiat. Alors que son roman 《蚂蚁》mǎyǐ (littéralement « fourmi ») vient de sortir, son ami Xia Bo l’accuse d’avoir plagié son propre roman, publié à Hong Kong.

Le procès révèle que Xia Bo, sur les conseils de Zhang Yu, a rédigé son autobiographie. Mais que le manuscrit a été refusé par l’éditeur. Par dépit, Xia s’est tourné vers une maison d’édition hongkongaise, et son livre a eu peu de succès. De son côté, Zhang a réutilisé une partie du manuscrit pour écrire son propre roman. Qui a, lui, rencontré un grand succès !

En 2008, le jugement conclut à une violation des droits d’auteur plutôt qu’à un plagiat. Zhang doit alors verser des dommages à Xia et publier des excuses officielles, mais cela n’entrave pas significativement sa carrière. Preuve en est son déplacement à Paris aux côtés de la présidente nationale de l’association des écrivains.

A propos du roman Ripoux à Zhengzhou

Couverture originale

A ma connaissance, son seul roman traduit en français est Ripoux à Zhengzhou, paru aux éditions Picquier en 2004.

Le titre original du roman est 软弱 ruǎnruò, qui signifie « faible ». C’est d’ailleurs également le titre de la quatrième partie du roman, traduit par « Faiblesse » dans l’édition française.

Au moment de sa sortie en Chine, il était diffusé à la radio en tant que série d’histoires courtes

Zhang expliquait en 2001 ne pas avoir cherché à utiliser de techniques littéraires particulières dans son roman. Il s’est contenté de décrire les gens et les choses de façon tranquille et détendue, tout en intégrant sa propre vision de la philosophie.

Il explique par ailleurs dans la postface du roman avoir simplement voulu présenter « quelques amis dans leur vie publique et privée de tous les jours ». Ses personnages, qu’ils soient policiers ou malfrats sont ainsi présentés comme des gens ordinaires, aux multiples facettes. Si le scénario n’est pas très tortueux, il s’est assuré que ses personnages soient complexes, contradictoires et bien sûr « faibles ». Des gens ordinaires, donc.

Mon avis sur le roman Ripoux à Zhengzhou

Ripoux à Zhengzhou est classé parmi la collection L’Asie en noir des éditions Picquier, c’est-à-dire la collection dédiée aux romans policiers. Mais difficile de le considérer comme tel. Même si l’on suit le quotidien de policiers, les intrigues policières ne semblent pas être le cœur du sujet. Des enquêtes sont abordées au fil des pages, mais elles semblent simplement là comme un prétexte pour aborder différentes facettes de la société chinoise.

Le côté policier est tellement anecdotique qu’on pourrait même dire que le personnage principal du roman est finalement la ville de Zhengzhou. On y découvre son fonctionnement et la vie quotidienne de ses habitants. On navigue dans ses rues et ruelles à toute heure du jour et de la nuit. En bref, tout tourne autour d’elle.

C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles le livre avait attiré mon attention à l’origine. Lorsque j’étudiais en Chine entre 2014 et 2015, j’ai eu l’occasion d’y passer quelques jours. Ce n’était évidemment pas suffisant pour réellement apprendre à connaître la ville. Je trouve néanmoins toujours amusant de reconnaître des lieux au cours de la lecture.

Ripoux à Zhengzhou permet en fait à l’auteur d’adresser une certaine critique de la société et de la politique chinoise, et en particulier de la corruption latente. Cela rend d’ailleurs surprenant que le roman ait été un best-seller dans son pays, même s’il est vrai que c’était une autre époque.

En conclusion

La lecture n’est pas déplaisante, les 416 pages ne m’ont d’ailleurs pas parue si longues à terminer. Les nombreuses informations concernant la ville de Zhengzhou et son fonctionnement, et la vie quotidienne dans une ville moyenne de Chine m’ont beaucoup plu !

Je trouve ça chouette d’avoir des romans dont l’histoire se situe dans d’autres villes que Pékin ou Shanghai. Déjà parce que cela permet aux lecteurs de découvrir d’autres endroits. Et parce que cela permet de mettre en avant que toutes les villes chinoises n’ont pas connu la même trajectoire. Les choses ont évidemment changé depuis. Mais il faut avoir conscience que même pour des villes aussi importantes que Zhengzhou, qui est une ville-préfecture et la capitale provinciale du Henan, la politique d’ouverture et les réformes économiques n’ont pas nécessairement apporté une grande prospérité.

Si j’ai apprécié le roman sur ces aspects, je n’ai en revanche pas eu le sentiment de me plonger dans l’intrigue au point de ne plus vouloir lâcher le livre avant de l’avoir terminé. C’est la raison pour laquelle je suis convaincue qu’il faut le lire pour son portrait de Zhengzhou davantage que pour ses enquêtes policières.

Acheté d’occasion à la Librairie Le Phénix (Paris) le 05/11/2022 – Critique rédigée le 11/01/2024

Publié par Meana

Passionnée par les pays d’Asie du Sud-Est et leur culture depuis plus de 15 ans, j’ai voyagé en Chine, Corée du Sud, Japon et Taïwan. J’ai même vécu un an à Pékin ! Je m’intéresse particulièrement à la portée historique des lieux et concepts, et aux habitudes de vie asiatiques.

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