Après avoir pleinement profité de ma balade au Wuqi Cultural Branch Office, cet ancien poste et dortoir de la police japonaise transformé en espace culturel et artistique, je me suis dirigée vers ce qui m’avait initialement amenée dans ce quartier : le Wuqi Chaoyuan Temple.
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Wuqi Cultural Branch Office, un petit Kyoto ?
En ce beau dimanche ensoleillé, j’ai décidé de partir vers la côte. Taichung est situé en bord de mer, mais la ville est si étendue qu’il faut un peu de temps pour s’y rendre depuis le centre où je réside. Après plus d’une heure de bus, me voilà arrivée au nord-ouest de Taichung.…
Lire la suiteMa visite au Chaoyuan Temple
Un lieu très animé
Se rendre au Chaoyuan Temple depuis le Wuqi Cultural Branch Office est très facile : ils sont voisins.
Lorsque je m’y suis rendue en janvier, le temple n’était pas très visible, car un grand chapiteau en recouvrait l’entrée. En-dessous, il y avait quelques personnes avec une enceinte et un micro, et un homme chantait. Ça n’avait pas l’air d’être une chanson religieuse, et ce n’était d’ailleurs pas très mélodieux. Mais il avait l’air de s’amuser, et c’est le principal !

Il semblerait que de nombreuses activités soient organisées sur le parvis du temple, comme des séances de calligraphie à l’approche du nouvel an lunaire.
Le palais Chaoyuan organise des festivals chaque année pendant le Nouvel An lunaire, le festival des lanternes, le festival du bain de Bouddha, etc., et il y a également des activités régulières de prière et de circumambulation, auxquelles le public peut participer activement.
C’est donc plutôt animé de façon générale !
J’ai cependant eu de la chance. En dépit de la forte affluence, les lieux sont demeurés paisibles car la plupart de ces personnes venaient pour prier. Revers de la médaille, je n’ai pas osé rester trop longtemps pour ne pas les déranger. Et évidemment, j’ai limité les photos et vidéos. A mon grand regret, car ce temple était très joli !
A un jour près, j’y étais
La veille de ma visite, le 14 janvier, a eu lieu un évènement visant à donner un nouveau souffle à Wuqi Old Street. La population locale avait été invitée à venir peindre et dessiner sur des affiches, et même directement sur le sol à l’aide de craies. Pour le plus grand bonheur des enfants.
Cet évènement semble avoir été organisé pour la troisième année, par le Chaoyuan Temple et Zhenwu Palace. En s’inscrivant sur place, il était possible d’obtenir du matériel (les affiches ainsi que la peinture) et même un bon à échanger contre un cadeau !
De petits intermèdes musicaux avaient également été prévus. Trois groupes se sont ainsi produits dans la rue : un groupe jouant de l’ocarina, et deux groupes de danse.
Toutes les peintures faites sur les affiches ont été récupérées, afin d’élire les cinq préférées du public. Elles ont toutes été publiées sur les pages Facebook des deux temples et chacun a pu voter pour sa ou ses préférées. Des lots ont été prévus pour les gagnants, la 1ère place remportant 5000 yuans et la 5e place 1000 yuans, ainsi qu’un bon pour une glace chez Tanloo, le glacier voisin.
Un style commun, mais néanmoins splendide
Un détail en particulier a attiré mon attention : la salle du fond est partiellement à ciel ouvert et elle abrite une petite mare et des carpes. C’était surprenant ! La mare serait en fait un couloir d’eau, qui relie les deux halls du temps. Se faisant, l’ensemble forme un motif de quatre chutes d’eau. En feng shui, cela symbolise le fait de rassembler des richesses de toutes les directions.


Le style architectural du temple lui-même est assez commun. Ce qui ne signifie pas pour autant qu’il ne vaut pas le coup d’œil ! Les décorations ne manquent pas, chacune ayant sa propre signification.
Avant de pénétrer dans le temple, levez la tête et observer les nombreuses sculptures qui ornent le dessus et le dessous du toit. Vous pourrez même y apercevoir une sculpture de Hua Mulan, dont l’histoire a inspiré le film Disney.


Malheureusement pour moi, le chapiteau masquait intégralement le toit. Je n’ai donc pas pu les admirer… J’ai cependant pu en avoir un petit aperçu depuis le Wuqi Cultural Branch Office. Au premier plan figure Magu et son bon compagnon le cerf. Magu est une immortelle issue du taoïsme. Protectrice des femmes dans la mythologie chinoise, elle fabrique un élixir de vie.
Qui prie-t-on au Chaoyuan Temple ?
La divinité principale du temple
Selon les chroniques de la ville, Wuqi Old Street trouverait son origine dans l’implantation de colons Han venus du continent, durant le règne de l’empereur Kangxi entre 1661 et 1722. En raison de la proximité avec la côte, les habitants vivaient alors principalement de la mer. Qu’il s’agisse de pêche, d’aquaculture ou même de commerce avec la Chine, ils n’avaient d’autres choix que de prier pour la protection de Mazu, la sainte patronne de la mer.
Rien d’étonnant, donc, à ce que la divinité principale du temple soit la Sainte Mère du Ciel, communément connue sous le nom de Mazupo parmi les croyants. Dans le temple de Chaoyuan, elle a gagné un autre surnom : Wuqi-Ma, ce qui signifie tout simplement venir prier Mazu dans ce temple.


Chaque année, lors de l’anniversaire de Mazu le 22e jour du 3e mois du calendrier lunaire, le temple Chaoyuan organise un pèlerinage autour du temple, afin de prier pour la paix.
Les autres divinités
Le hall arrière est, quant à lui, dédié à plusieurs boddhisattvas : Avalokitesvara, Manjushri et Samantabhadra.


Cette partie du temple dépend d’une association bouddhiste affiliée au temple Chaoyuan. Afin de promouvoir les enseignements bouddhistes et d’orienter les gens vers la charité, ils ont recruté plus de 50 croyants et embauché Huang Qiaosong, l’abbé du temple Lingshan à Changhua, pour enseigner les écritures bouddhistes. Le hall est devenu un lieu bouddhiste solennel et un lieu de chant. Un groupe y récite des sutras et vénère Bouddha le premier, deuxième, quinzième et seizième jour de chaque mois.
Une histoire en trois actes
La documentation manque sur la fondation du temple Chaoyuan, car les historiens de l’époque n’ont pas conservé d’archives approfondies à ce sujet. Les documents de la dynastie Qing offrent peu d’informations, rendant incertaines les connaissances actuelles sur la fondation du temple et les personnes impliquées dans son établissement. Ainsi, les informations qui suivent proviennent principalement du narratif mis en avant par les autorités du temple.
La fondation du Chaoyuan Temple
D’un point de vue architectural, l’histoire du Chaoyuan temple remonte à plus de 150 ans.
Il aurait été fondé en 1856, durant la 6e année de Xianfeng de la dynastie Qing. Il était initialement situé en bord de mer, ce qui fut plus tard considéré comme défavorable pour la navigation. Un notable local nommé Huang Yujie 黃玉階 offrit alors des terres pour le déplacer. C’est ainsi qu’en 1864, le temple Chaoyan se retrouva à son emplacement actuel.
Voici un premier élément qui pourrait ne pas survivre à la légende édifiée autour de la fondation de ce temple. Un blogueur taïwanais, A Zhong, explique sur son blog que le dénommé Huang Yujie serait né en 1850. Il serait connu pour avoir dédié sa vie à la modernisation de la société taïwanaise. Il n’aurait été âgé que de 14 ou 15 ans au moment d’offrir ces terres, ce qui rend l’acte un peu improbable. A Zhong suggère plusieurs possibilités : les terres auraient pu être données par quelqu’un d’autre, mais l’histoire aurait retenu le nom d’un homme célèbre, ou bien il aurait pu donner ces terres plus tard.
Avant la fondation du temple, le secrétaire aux affaires du sel, Lin Yinde 林殷德, aurait demandé à inviter une statue en bois de Mazu, provenant du temple ancestral de Meizhou. L’année exacte n’est pas déterminée. Mais les chercheurs estiment que cela se serait déroulé durant le règne de l’empereur Jiaqing (1796-1820) ou au début de celui de l’empereur Daoguang (1820-1850), deux empereurs de la dynastie des Qing.
Voilà un second élément qui pose question. Le Département des Affaires du Sel, 鹽務司 en mandarin, n’existait pas dans le système officiel de la dynastie Qing : les termes utilisés étaient Division des Affaires du Sel 鹽課司 et Division du Transport du Sel 運鹽司. De quoi semer un peu le doute. Et quand bien même cette partie de l’histoire serait vraie, pourquoi un tel homme aurait fait venir une statue de Mazu aussi précieuse dans un petit temple comme celui de Chaoyuan ?
Kaiji Ma
Sur l’île de Meizhou se trouve le temple ancestral de Mazu. Selon la légende, lorsque le temple a été construit durant la dynastie Song (960-1279), six grottes auraient été creusées pour servir de sanctuaires.
Chacune d’entre elles aurait ensuite accueilli une statue en bois de Mazu. Ces statues prirent le nom de 「開基媽」 « Kaiji Ma », et les grottes furent nommées grottes de Shengtian 升天洞.
Car la statue présente au temple de Chaoyuan ferait partie de cet ensemble de six statues, on la surnomme Kaiji Ma. Certains l’appellent également Meizhou Ma.
Il s’agit de l’une des premières statues de Mazu à Taïwan, avec une histoire de plus de 300 ans.

Le temple Chaoyuan sous la gouvernance japonaise (1895-1945)
En 1908, durant la gouvernance japonaise (1895-1945), le temple commissionne l’armateur Jin Hemao 金合茂 de Dajiang, afin de sculpter une statue de Mazu à Quanzhou. Cette œuvre, baptisée Mazu Erma 湄洲二媽, la deuxième Mazu de Meizhou, se distingue par sa singularité : ses membres peuvent bouger librement. Elle est ensuite consacrée au temple ancestral de Mazu à Meizhou, dédiée aux fervents croyants.
Deux ans plus tard, maître Tangshan 唐山師, artisan renommé de Quanzhou, se voit confier la tâche délicate de sculpter un char phénix. Son expertise extraordinaire en fait l’un des plus beaux chars phénix de la province, lui conférant une valeur historique considérable.
En 1935, survient un tremblement de terre de magnitude 7.1, dont l’épicentre est à Taichung. Séisme le plus meurtrier de l’histoire de Taïwan, les dégâts sont importants. Le temple de Chaoyuan est pratiquement détruit. Par une grâce miraculeuse, quelques statues demeurèrent indemnes dans le hall principal, notamment la statue de Mazu ainsi que les deux gardiens Shunfeng’er et Qianliyan.
Malheureusement, le temple manque de moyens suite au séisme. Un dénommé Yang Jinbiao fait un don, mais les fidèles doivent malgré cela se contenter d’une modeste cabane en plaques de plomb en guise de hall principal pour prier les divinités.
Reconstruction du temple Chaoyuan sous le gouvernement nationaliste
Les fidèles doivent s’armer de patience, car les choses n’évoluent que vingt ans plus tard. Le Japon a cédé ses colonies suite à la fin de la Seconde guerre mondiale et Taïwan est passée aux mains des nationalistes chinois.
En 1955, Huang Haiquan 黃海泉 propose de reconstruire le temple Chaoyuan. Une campagne pour rassembler les fonds nécessaires est lancée. Le hall principal et le hall arrière sont achevés l’année suivante.
Des fidèles initient ensuite la reconstruction du hall avant, ce qui mène à la mise en place d’un comité dont Huang Haiquan est le président. Leur objectif est donc de reconstruire le hall avant ainsi que le corridor qui le relie au hall principal.
Une particularité du temple Chaoyuan : ses nombreuses plaques
De nombreuses plaques ornent les murs, les poutres et les piliers du temple. Ces plaques rectangulaires sont fabriquées en bois ou en pierre, et portent des inscriptions généralement concises et porteuses de sens.

Beaucoup d’entre elles seraient des calligraphies de célébrités contemporaines, ou des œuvres de lettrés et de notables.
De quand datent-elles ?
Li Jiaxing 李佳興, de l’institut des études chinoises de la National Chung Hsing University (Taichung), y a consacré un article très complet, malheureusement disponible uniquement en chinois.
Pour vous résumer une partie de son article, il y explique avoir trier ces plaques en quatre catégories :
- Les plaques non datées : il est difficile d’estimer leur ancienneté, d’autant que certaines sont un peu abimées par la fumée de l’encens. Il y en a 19 éparpillés dans le temple.
- Les plaques datant de la dynastie Qing (1644-1912) : il n’y en a, à priori, qu’une seule. Située dans le hall principal, c’est la plus ancienne du temple : elle date de 1871.
- Les plaques datant de la gouvernance japonaise (1895-1945) : il y a en deux, de chaque côté du hall principal.
- Les plaques datant d’après-guerre (post 1945) : il y en a 15, dispersées dans les trois halls du temple.
Mais qu’y a-t-il d’écrit sur ces plaques ?
Les inscriptions sur les plaques peuvent exprimer différentes choses.
Certaines vont tout simplement indiquer le nom du lieu, comme ce que l’on retrouve traditionnellement au-dessus des portes dans les temples, palais et résidences.
D’autres vont avoir une dimension un peu plus spirituelle, voire mystique. Ainsi, on retrouve des inscriptions qui utilisent l’image ou le pouvoir de Mazu, mais aussi du boddhisattva Guanyin.
Il y en a même qui commémorent ceux qui ont achevé la reconstruction du temple après le séisme !

La plaque datant de la dynastie Qing est probablement l’une des plus connues du temple. Il y est écrit「永康四海」, généralement traduit par « Yongkang Four Seas ».
Elle a été écrite par un marchand, Cai Longshun 蔡隆順. Alors qu’il était en mer, son bateau fut pris dans une tempête et était sur le point de chavirer. Cai pria alors Mazu avec ferveur, et le vent et les vagues se calmèrent, laissant le bateau et ses occupants sains et saufs. Pour remercier Mazu de sa protection, Cai lui dédia une plaque portant les caractères「永康四海」.
Li Jiaxing va beaucoup plus loin dans son article, en expliquant les différents matériaux utilisés, les deux méthodes de sculpture (Yin et Yang), les cinq types de polices, le nombre de caractères (incluant règles de prononciation et rimes), et ce que chacun de ces choix signifie. Bref, l’article est vraiment très poussé et s’éloigne un peu du sujet abordé ici. Nous n’entrerons donc pas davantage dans les détails.
Informations pratiques
Chaoyuan Temple | 140 Wuqi Rd, Wuqi District, Taichung
梧棲朝元宮 (wúqī cháoyuángōng) | 435台中市梧棲區梧棲路140號
Ouvert du lundi au dimanche de 8h à 21h
Quelques sources
Pour écrire cet article, je me suis inspirée de ma propre expérience. J’ai également utilisé des sources externes, en particulier pour la partie historique. En voici la liste:
- https://taichung.travel/en/attractions/intro/1692
- https://travel.taichung.gov.tw/zh-tw/attractions/intro/832
- https://web.archive.org/web/20120420100216/http://www.lib.thu.edu.tw:80/newsletter/87-200812/PG07.htm
- http://www.ttcflkh.net/wucimazu/Home-A.htm
- https://hai9hang69.pixnet.net/blog/post/334266182
- https://blogcastle.lib.fcu.edu.tw/archives/3728
- https://yawjong.pixnet.net/blog/post/46143444-%E6%A2%A7%E6%A3%B2%E6%9C%9D%E5%85%83%E5%AE%AE
Ce jour-là, j’ai également visité d’autres endroits : le Wuqi Cultural Branch Office juste à côté, le Wuqi Zhenwu Palace dans une rue à proximité, le Wuqi Fishing Harbor et les Gaomei Wetlands. Les articles sortiront dans les mois à venir !
Date de la visite : 15 janvier 2023




