En ce beau dimanche ensoleillé, j’ai décidé de partir vers la côte. Taichung est situé en bord de mer, mais la ville est si étendue qu’il faut un peu de temps pour s’y rendre depuis le centre où je réside. Après plus d’une heure de bus, me voilà arrivée au nord-ouest de Taichung. En préparant mon excursion, j’ai repéré des temples et un site naturel en bord de mer. Mais en arrivant sur place, j’ai la surprise de tomber nez à nez avec une bâtisse qui ne manque pas d’attirer mon attention : c’est le Wuqi Cultural Branch Office.
Ma visite au Wuqi Cultural Branch Office
Je n’avais pas remarqué cet endroit en préparant ma sortie la veille. Mais je suis vraiment ravie d’être tombée dessus car il est vraiment charmant. Grâce à un panneau explicatif, j’apprends qu’il s’agit d’un ancien poste et dortoir de la police japonaise. Et comme une partie du lieu est accessible gratuitement, j’en profite !
Les bâtiments ont été conservés, mais ils ont aujourd’hui un tout autre usage : le bâtiment à l’avant accueille désormais une boutique de glaces, et les autres bâtiments ont été transformés en chambres d’hôtes.
Comme je suis arrivée sur place en fin de matinée, le moment est plutôt mal choisi pour déguster une glace. Mais d’après les commentaires que j’ai lus sur différents blogs taïwanais et sur les réseaux sociaux, ça vaut la peine de s’y arrêter !
Un glacier italien à Taïwan ?

Le glacier s’appelle 丹露 Tanloo et il dispose à priori de plusieurs boutiques sur l’île.
Il vend des glaces italiennes artisanales, fabriquées à partir de produits locaux. Les parfums peuvent donc varier d’une fois à l’autre !
Vous pouvez aussi acheté des cafés glacés et des thés glacés.
Lors de ma visite, j’ignorais qu’il était possible d’entrer dans certains bâtiments, et comme je n’ai vu personne le faire, je n’ai pas osé essayé. Mais rien que les infrastructures extérieures sont très jolies et rendent la balade très agréable.
Autour des différents bâtiments, il y a plusieurs espaces aménagés, dont un petit jardin et une petite mare dans laquelle nagent des carpes. Le cadre est magnifique et donne vraiment envie de s’y installer et de se relaxer.
Un Bed & Breakfast dans un lieu unique
Particularité du lieu: c’est l’unique Bed & Breakfast installé dans un site historique reconnu à Taïwan.
Les chambres respectent une esthétique purement japonaise : vous y retrouverez tatamis et futons dans une décoration épurée, pour une expérience inoubliable. Il y est également possible de revêtir des yukatas et de goûter la cuisine japonaise, histoire de prolonger un peu plus le voyage à Kyoto.
Je suis un peu déçue de ne pas avoir pu voir l’intérieur des bâtiments car les photos laissent présager un très beau cadre ! Je vous laisse juger par vous-même…


Niveau prix, cela me paraît plutôt raisonnable, compte tenu de la localisation.
Les prix vont de 3880 TWD (environ 115€) pour une personne, à 11850 TWD (environ 350€) pour 10 personnes. Le couchage se faisant essentiellement dans une pièce unique, ajouté des couchages ne fait pas beaucoup monter la note. Il est donc plus intéressant de rentabiliser la location en y allant à plusieurs !
Little Kyoto on the Sea
Si on surnomme ce site historique 「海線小京都」 Hǎi xiàn xiǎo jīngdū, que l’on peut traduire par « Little Kyoto on the Sea (Line) », ce n’est pas sans raison ! Il est en effet impossible de louper l’influence japonaise, que ce soit au niveau architectural ou décoratif.
En pénétrant dans l’enceinte, mon regard s’est immédiatement posé sur un portant à ema, à droite du bâtiment. Les ema 絵馬 sont de petites plaques en bois, souvent ornées de motifs, sur lesquels on peut écrire un vœu, et que l’on retrouve dans les sanctuaires shinto.
Mais cela ne s’arrête pas là.
Pour l’élément suivant, ce sont les articles de blogueurs taïwanais qui m’ont aiguillée, puisque je ne suis entrée dans aucun bâtiment : dans l’entrée de l’un des bâtiments se trouve un omikuji おみくじ. Il s’agit de divinations écrites sur des bandes de papier que l’on tire au sort dans les sanctuaires shinto et les temples bouddhistes au Japon.


A gauche, le portant à ema, à droite les omikuji (CR: la blogueuse food 柚香魚子醬)
Et pour le repas ?
Vous voulez manger japonais mais n’avez pas pris de chambre au B&B ? Pas de souci, vous pouvez quand même vous restaurer sur place. Selon les moments, deux choix peuvent s’offrir à vous.
La première possibilité est de déjeuner dans la petite cantine secrète, nommée Muxiang Canteen 暮巷食堂. Très bon marché, elle vend du oden (pot-au-feu japonais), des boules de riz et du poulet frit. Vous pouvez commander sur le stand accroché à l’un des fenêtres du bâtiment E.
La seconde option est de commander un bento et du thé sur le petit stand, qui est positionné soit sur le trottoir devant l’entrée, soit dans l’enceinte près du portant à ema.
Malheureusement, il n’y avait aucun des deux pendant ma visite…


A gauche, la Muxiang Canteen (CR: la blogueuse food 柚香魚子醬) ; à droite le stand de bento (CR : site officiel)
Le Wuqi Cultural Branch Office en détails
A quoi ressemble-t-il ?
Le site est, à l’origine, divisé en 5 parties :

- A : Le bureau de police et son dortoir
- B : Le dortoir en briques renforcées
- C : Le dortoir en bois réservé à une famille unique
- D : Le dortoir en brique réservé à une famille unique
- E : L’abri anti-aérien
Certaines parties du site sont visitables, même si l’intérieur des bâtiments n’est plus d’époques.
A l’avant du bâtiment A, le glacier est installé dans ce qui tenait certainement lieu de bureau de police. Vous vous demandez peut-être ce qu’est cette grosse ampoule rouge et ronde qui surplombe l’entrée du glacier ? C’est un reste de son passé de bureau de police qui a été conservé.
La deuxième partie du bâtiment, à l’origine un dortoir, accueille des expositions d’art. Le sol étant composé de tatamis, n’oubliez pas de retirer vos chaussures en entrant !
En longeant le bâtiment A par le droite, vous arrivez au bâtiment B, l’ancien dortoir en briques renforcées, puis au bâtiment C, l’un des dortoirs réservés à une famille. Ces deux bâtiments accueillent le B&B et ne sont donc pas visitables à moins de réserver une chambre.
En contournant le bâtiment C pour revenir vers l’entrée, vous passez devant l’entrée de l’abri anti-aérien. Soyez prudent en y entrant, il est très étroit et surtout bas de plafond. En effet, il ne mesure que 110 centimètres de haut, ce qui contraint à s’y déplacer accroupi.
Enfin, en continuant votre chemin vers l’entrée, vous passerez entre deux bâtiments : à gauche, c’est le bâtiment B, et à droite, c’est le bâtiment E. Ce dernier accueille la Muxiang Canteen, dont nous avons déjà parlé.
Hier poste de police
Ce bureau de police et ses dortoirs sont construits en 1919, durant l’ère Showa ; Taïwan est alors une colonie japonaise depuis près de 25 ans. D’autres sources, moins nombreuses, mentionnaient plutôt 1899 (durant l’ère Meiji) comme date de construction. Mes recherches ne m’ont malheureusement pas permis de trancher dans un sens ou dans l’autre !
Quelques années plus tard, en 1935, survient un tremblement de terre de magnitude 7.1, dont l’épicentre est Taichung. Il s’agit du tremblement de terre le plus meurtrier de l’histoire de Taïwan et les dégâts sont importants. Une partie du site est touchée ; elle sera reconstruite par la suite.
L’abri anti-aérien aurait été ajouté en 1941, conséquence probable de l’entrée en guerre du Japon avec les États-Unis en décembre de la même année.
A la fin de la seconde guerre mondiale, lorsque le Japon cède ses droits sur l’île, la station de police devient l’antenne à Wuqi du bureau de Qingshui du département de police de Taichung. Si la station conserve son utilité, rien n’est dit concernant les dortoirs. Ont-ils accueillis les policiers taïwanais après avoir hébergés les policiers japonais ?

Aujourd’hui centre culturel et artistique
Au début des années 1970, le gouvernement taïwanais estime que le pays manque d’infrastructures publiques essentielles (autoroutes, ports, aéroports et centrales électriques). C’est dans ce cadre qu’il est décidé de faire du port de Taichung, un port international. L’objectif est alors de désengorger les ports de Keelung au Nord et de Kaohsiung au Sud, saturés par la reprise de l’import-export dans les années 1960.
C’est en raison des travaux du port que l’antenne de la police de Taichung est déplacée, et le bureau de police de Wuqi est abandonné.
Il faudra attendre 2004 pour qu’il soit rénové et restauré, à l’initiative de la population locale. Le bureau de police et ses dortoirs deviennent alors un espace dédié aux activités artistiques et culturelles.
Sa dernière rénovation date de 2017-2019. Il ouvre officiellement ses portes au public en mars 2021, sous le nom de Wuqi Culture Branch Office.
Une architecture mixte d’une grande valeur
Je n’ai pas trouvé beaucoup d’informations concernant la construction d’origine.
Mais lorsqu’il faut reconstruire les bâtiments détruits lors du séisme qui a frappé Taichung en 1935, les matériaux et techniques utilisés répondent aux normes antisismiques de l’époque.
Ainsi, au moins une partie du complexe est construit en briques renforcées et en béton renforcé. Plus précisément, les murs extérieurs du sites ainsi que ceux de l’un des dortoirs sont fabriqués de cette manière. A l’intérieur des bâtiments, les murs sont construits selon les techniques courantes dans les bâtiments en bois japonais : en bambou tressé et en boue.
Ce type de construction mixte est assez rare à Taïwan et revêt donc une grande valeur culturelle. Il n’est donc pas surprenant que le site ait été classé site historique du comté de Taichung en 2010, avant de devenir site historique de la ville de Taichung lorsque ville et comté ont fusionné plus tard la même année.
Informations pratiques
Wuqi Culture Branch Office | 梧棲文化出張所Wúqī wénhuà chūzhāngsuǒ
142 Wuqi Rd, Wuqi District, Taichung (435台中市梧棲區梧棲路142號)
Accès gratuit tous les jours de 10h à 18h
Ce jour-là, j’ai également visité d’autres endroits : le Chaoyuan Temple juste à côté, le Wuqi Zhenwu Palace dans une rue à proximité, le Wuqi Fishing Harbor et les Gaomei Wetlands. Les articles sortiront en 2024 !
Date de la visite : 15 janvier 2023






Un avis sur « Wuqi Cultural Branch Office, un petit Kyoto ? »