Le Bouddhisme en Asie : introduction et adaptation d’une religion à la culture locale (Partie 1)

Cet article va traiter et balayer le bouddhisme. Le sujet étant un peu complexe et également très riche, il s’agit uniquement d’un condensé et d’une vulgarisation de cette religion et philosophie. Comme pour les autres articles culturels, vous trouverez à la fin de ce dernier une liste de lecture et autres recommandations pour vous permettre d’aller plus loin sur le sujet et d’en apprendre davantage.

Le sujet étant trop complexe pour résumé les différents pays qui seront traités dans cet article, celui-ci est donc divisé en deux parties.

Introduction

Le Bouddhisme est une religion et philosophie originaire d’Inde, fondée entre le VIe siècle et le Ve siècle av. J.C. Le bouddhisme serait né de l’éveil spirituel du prince Siddhārtha Gautama (en sanscrit : Siddhattha Gotama), aussi appelé Sakyamuni.

Représentation de Siddhārtha Gautama en train de méditer
Source : Domaine public

Le prince Siddhartha Gautama serait né au milieu du VIe siècle, av. J.C. Un jour, il serait sorti de son palais et se serait promené dans la ville où il découvrit que la vie n’était pas aussi belle que celle qu’il menait dans son palais. Il croisa dans la ville des personnes malades, âgées, pauvres, et même la mort. Cette visite, vécue comme un véritable choc, le poussa à la réflexion à propos de ce qu’il avait vu et en déduisit ceci : le désir était la cause principale du malheur, et pour l’éviter, il fallait entrer dans un état de non-désir.

Après avoir tiré cette conclusion, il décida de rompre tout lien avec sa famille pour chercher un lieu sans cette souffrance. Après s’être installé sous un arbre, il commença un sermon. Par la suite, de plus en plus de personnes se mirent à le suivre et à le croire, jusqu’à devenir ses disciples. À la fin de sa vie, il s’allongea entre deux arbres en fleurs et quitta le monde.

Il s’agit d’un résumé de la vie du prince Gautama, et de la façon dont le bouddhisme aurait vu le jour.

Bien qu’originaire d’Inde, le bouddhisme s’est rapidement répandu à travers l’Asie et a connu des changements et une adaptation à chacune des zones qu’il a touchée, créant ainsi de nombreuses écoles.

Les éléments importants à retenir du bouddhisme sont : il s’agit d’une religion sans dieu créateur et considérée comme une religion athée. Cependant, dans le bouddhisme, chacun croit en l’existence de nombreuses divinités indiennes.

Représentation des trois joyaux bouddhistes
Source : Wikipédia

Les fidèles bouddhistes n’ont pas un seul trésor, mais trois joyaux à vénérer qui sont les suivants :

  • Le Bouddha ;
  • Le Dharma (la loi) ;
  • Le Sangha (la communauté).

Les Trois Joyaux sont la « prise des Trois Refuges », doctrine à laquelle les adeptes du bouddhisme adhèrent afin de devenir un bouddhiste et suivre la voie pour devenir Bouddha.

Le Bouddha, n’est pas un nom propre. Comme indiqué un peu plus tôt, le bouddhisme ne dispose pas de dieu créateur. Le Bouddha, signifie en réalité un terme descriptif : « Éveillé » ou « illuminé ». Il s’agit aussi d’un titre, qui désigne le Bouddha historique, Gautama Sakyamuni.

Dans le bouddhisme, l’accent est mis, non pas sur la personnalité fondatrice, mais sur les enseignements du ou des Bouddhas et de « l’éveil » de la personne humaine.

Il consiste également à comprendre, à travers la compréhension du dharma (les vérités éternelles et la loi de l’ordre cosmique découvertes par le Bouddha), sa pratique et sa réalisation.

Le milieu dans lequel le bouddhisme s’est développé est un milieu culturel où les êtres connaissent la métempsycose (ou la transmigration des âmes), majoritairement connu sous le terme de la réincarnation.

Les principaux porteurs de cette tradition ont été les moines et nonnes formant la communauté bouddhiste (les sangha).

Dès les débuts du bouddhisme, plusieurs écoles de pensée virent le jour. Il existerait trois voies pour poursuivre l’Éveil :

  • Seul, sur des chemins étroits et presque en silence, le Theravada (thera = ancien), aussi appelé Hinäyäna (petit véhicule), ou école du sud puisqu’elle est surtout répandue au Sri Lanka et en Asie du Sud-Est ;
  • En grands groupes, sur des chemins larges en s’entraidant les uns et les autres, le Mahäyäna (grand Véhicule), il s’agit de la voie la plus répandue en Chine et les autres pays dits, sinisés, tels que le Japon, la Corée ou encore le Vietnam ;
  • En petits groupes guidés par un gourou et en récitant bruyamment des prières ou des formules magiques, appelées Vajrayāna, que l’on retrouve majoritairement au Tibet (Véhicule du Diamant).

Dans le bouddhisme, les mondes peuplés d’êtres sont nombreux. Deux de ces mondes sont visibles et permettent les renaissances : le monde humain et le monde animal. Néanmoins, il existe aussi des mondes d’êtres (normalement) invisibles, celui des peta (les trépassés), les esprits désincarnés souffrant de perpétuelles frustrations, et celui des enfers, où une conscience torturée vit d’abominables cauchemars. Au-dessus du monde des humains, il y a encore le monde des deva (dieux), subdivisé lui-même en 26 cieux. L’ensemble de ces mondes composent ainsi le Monde du Désir des Sens.

Le passage d’une renaissance n’est pas le fruit du hasard, il s’agit d’un processus ordonné par la loi du karma. Les êtres héritent de leurs actes passés (de leurs vies antérieures). Un acte produit un résultat, bon ou mauvais, il n’est pas ponctuel et neutre, mais est toujours porteur de ses propres conséquences.

Le bouddhisme comprend alors quatre nobles Vérités fondamentales :

  • La reconnaissance de la souffrance et de l’insatisfaction ;
  • La reconnaissance que le Désir, accompagné par le désir et l’attachement, est à l’origine de la souffrance ;
  • La reconnaissance de l’état de cessation totale du Désir qu’est le Nirvana ;
  • Le chemin de la vie qui permet de progresser vers ces vérités vers le Nirvana est grâce à :
    • La sagesse ;
    • L’éthique ;
    • La méditation.

Pour pouvoir atteindre ces Vérités fondamentales, le bouddhisme dispose de cinq préceptes de vie qui concernent tout autant les laïcs que les sangha :

  • Ne pas nuire ou détruire la vie d’autrui ;
  • Ne pas voler ;
  • Ne pas commettre d’adultère ;
  • Ne pas mentir ;
  • Ne pas boire de boissons enivrantes.

Reconnaître les temples bouddhistes

Comment reconnaître les temples bouddhistes parmi les différents temples en Asie ?

Avant d’entrer en détails sur l’histoire du bouddhisme et son évolution au sein des différents pays du continent asiatique, nous allons d’abord voir comment différencier un temple bouddhiste d’un temple confucianiste, taoïsme ou encore shintoïste.

Comme chacun le sait, chaque religion dispose de ses propres édifices caractéristiques, que ce soit les églises pour les chrétiens ou encore les mosquées pour les musulmans, mais pour le taoïste et le bouddhisme, il s’agit de temples.

En Chine, différencier les deux temples est difficile. D’un point de vue architecturale, peu de différences existent. Afin de les distinguer, il faut en réalité s’appuyer sur les divinités représentées au sein de ces temples.

Les taoïstes ont des divinités représentées sous des traits très proches des humains, contrairement aux bouddhistes, qui ont des divinités dont l’essence est considérée comme différente, et les distingue par des traits différents de ceux des humains.

Néanmoins, l’architecture des temples reste identique et se compose des éléments suivants :

  • Une porte principale pour pénétrer l’enceinte même du temple ;
  • Un « petit palais » : les bâtiments principaux sont présents sur l’axe principal et les édifices secondaires sont relégués sur les côtés ;
  • Les temples ne sont pas très hauts ;
  • Dispose de plusieurs édifices religieux.

En Chine, le temple bouddhiste peut-être représenté sous trois formes différentes : celle que l’on connaît tous avec les différents édifices religieux ou temples, mais parfois, il s’agit simplement d’un stupa ou d’une grotte. Par ailleurs, il est régulièrement possible de voir deux de ces trois formes présentes sur un même site, si ce ne sont pas les trois.

Le stupa était initialement un amas de pierres sous lequel était enterré une relique de Bouddha. L’évolution étant passée par là, il est aujourd’hui représenté par une construction plus nette avec une sphère surmontée d’une petite tour. Peu importe la taille de ce monument, ses parois restent nues et sont généralement peintes en blanche.

De nos jours, les stupa peuvent toujours abriter des reliques du Bouddha, mais leur fonction s’est vu être généralisée. De même, certains stupa peuvent prendre la forme d’une pagode.

Les grottes, quant à elles, peuvent être considérées comme des chefs d’œuvres architecturaux. En effet, elles sont parfois incrustées dans la montagne ou enclavées sur le flanc de falaises, il est possible d’y retrouver à l’intérieur de nombreuses sculptures et statues bouddhistes.

Si vous êtes en montagne ou en randonnée et que vous tombez nez à nez avec un temple, vous pouvez être certains qu’il s’agit d’un temple bouddhiste. Le bouddhisme, suivant le principe de respecter la nature, il est plus logique de retrouver les temples bouddhistes majoritairement dans ces zones.

Au Japon, faire la différence entre les temples bouddhistes et les sanctuaires shintoïstes est assez facile, bien que ces religions se mélangent parfois.

Si lors de vos visites vous vous retrouvez face à une grande porte, majoritairement rouge, appelés torii en japonais, vous êtes dans un sanctuaire shintô, vous y trouverez également à l’entrée un bassin pour vous « purifier ».

Quant aux temples bouddhistes, ils disposent au Japon des caractéristiques suivantes :

  • Une grande porte possédant un toit, appelé mon, et abritant souvent des statues des divinités bouddhistes ;
  • Il est composé de plusieurs bâtiments : le kondo, bâtiment où se situe la statue du culte, le butsuden, réservé aux temples zens, des bâtiments pour l’enseignement, des bâtiments pour la copie et la conservation des sutra, etc.
  • Il y a plusieurs portes dans le temple et des pagodes en pierre.

La marque distinctive des temples bouddhistes au Japon est sans aucun doute la pagode, appelée , et comportant trois ou cinq étages. Vous pourrez cependant parfois en trouver dans les sanctuaires shintô suite à un mélange des deux religions.

De plus, dans les temples bouddhistes japonais, vous trouverez très souvent des statues représentants Bouddha ou les bodhisattva ainsi que des jardins éclairés par des lanternes de pierre, les toro.

Dans la péninsule coréenne, le problème d’identification ne se pose pratiquement pas, car il n’y a quasiment que des temples bouddhistes, la seconde religion d’importance en Corée du Sud est le christianisme. Et comme la péninsule est très montagneuse, on retrouve des temples en grand nombre un peu partout.

L’architecture des temples bouddhistes coréens suit un système basé sur la cosmologie indienne en représentant la voie vers le Bouddha. Le centre du complexe de bâtiment forme souvent une cour où il est possible d’y voir une ou deux pagodes en pierre.

Les temples coréens disposent aussi de jardins ainsi que des budo, soit des petits stupas contenant souvent les sarira (perles trouvées dans les cendres lors de leur crémation) des grands-maîtres défunts.

L’entrée des temples se compose de la façon suivante :

  • Un pont, appelé le pont du nirvana (geugnakgyo 극락교), pouvant être construit seulement où il y a de l’eau en quantité et en qualité suffisante ;
  • Une pierre portant une inscription, invitant à descendre du cheval, appelé « la descente de cheval » (hamabi 하마비) 
  • Les piliers de drapeaux (Dang-ganjiju 당간지주) , soit deux piliers en pierre servant à maintenir des drapeaux indiquant des manifestations ou l’école dont est issu le temple ;
  • La première porte iljumun (일주문), porte au pilier unique ;
  • La deuxième porte appelée geumgangmun (금강문) : plus rare, seuls quelques temples en possèdent une ;
  • La troisième porte (cheonwangmun 천왕문) conçue comme un pavillon abritant quatre statues imposantes ;
  • La quatrième porte (burimun 불이문), celle de la non-dualité ou du non-jugement
  • Le pavillon de la cloche Beomjonggak (범종각), regroupant les Quatre Instruments : la grande cloche, le tambour du Dharma, le gong et le poisson ;

À l’intérieur des temples, il est possible de recenser de nombreux halls ayant chacun une utilisation spécifique ou dédiée à un bodhisattva en particulier.

Expérience spécifique à la Corée du Sud (et n’existe à priori pas en Chine et reste très rare au Japon), vous pouvez tester le Temple Stay, qui vous permettra de séjourner au sein des temples bouddhistes quelques nuits !

Mais si vous voulez être absolument certain(e)s d’être dans un temple bouddhiste, nous vous invitons à chercher les deux symboles ci-dessous :

Comme vu en introduction, les trois cercles représentent les trois joyaux et le second symbole est la svatiska et représente dans le bouddhisme la connaissance ainsi que la route du Dharma. Évidemment, ce symbole n’est pas à confondre avec celui tristement célèbre en Europe.

Maintenant que nous avons vu les notions de bases du bouddhisme et que nous savons reconnaître les temples bouddhistes, nous allons entrer un peu plus en détail dans l’histoire du bouddhisme à travers trois pays : la Chine, le Japon et la péninsule coréenne.

La Chine

Quand et comment le bouddhisme est arrivé en Chine ?

Le bouddhisme se serait dans un premier temps étendu au nord de l’Inde avant de gagner les territoires actuels du Pakistan et de l’Afghanistan. Il passa par l’Asie centrale avant d’atteindre la Chine à travers la route de la soie entre le Ier et le IIe siècle. D’autres spécialistes avancent l’hypothèse que le bouddhisme aurait gagnée la Chine en passant par l’actuel Bangladesh avant d’atteindre les provinces chinoises du Yunnan et le Sichuan.

Carte représentant la diffusion du bouddhisme en Asie
Source : L’Histoire.fr

En l’an 65, il est possible de faire état d’une petite communauté bouddhique en Chine. En 166, l’empereur célèbre à Luoyang, la capitale, une cérémonie en l’honneur de Bouddha et de Laozi (père fondateur du taoïsme).

C’est également à Luoyang, qu’un bonze (c’est-à-dire un moine) d’origine Parthe, An Shigao 安世高, de son nom chinois, arriva en 148 et ouvrit très vite un centre de traduction de sutra.

Cependant, les traducteurs ont du faire face à plusieurs difficultés :

  • La première difficulté est l’hétérogénéité de la doctrine bouddhique, d’origine indienne, par rapport aux habitudes de pensées chinoises, majoritairement confucianistes et taoïstes. La problématique était de savoir comment adapter des notions nouvelles ? La solution la plus adaptée fut d’utiliser du vocabulaire taoïste.
  • La seconde difficulté était la doctrine elle-même : il était difficile, pour les Chinois, de concevoir des réincarnations successives sans entité permanente pour les sous-tendre. Il est nécessaire qu’il y ait une âme spirituelle et immortelle qui transmigre à travers le cycle des renaissances.
  • La troisième difficulté concerne la vie monastique. Celle-ci, avec sa règle du célibat, était un objet de résistance de la part des Chinois : quitter sa famille, c’est renoncer à servir ses parents et à perpétuer la lignée, et par conséquent, de manquer au devoir de la piété filiale. D’ailleurs, l’expression signifiant entrer dans les ordres 出家 chūjiā se traduit littéralement par « quitter la famille ».

L’histoire du bouddhisme en Chine peut être divisée en trois grandes périodes :

  • Du IIe au IVe siècle ;
  • Du Ve au VIe siècle ;
  • Et enfin, une dernière période concentrée sur l’assimilation et la sinisation du bouddhisme.

Entre le IIe et le IVe siècle, la Chine connait une scission en deux dynasties : celle du Nord et celle du Sud.

Une différence se manifeste rapidement entre les deux parties. Le bouddhisme du Sud est plus intellectuel et plus désabusé : une partie des lettrés sont des émigrés ayant fui devant les désordres civils et devant les « invasions » barbares du Nord. La notion la plus importante à cette période et sur cette région est que « tout est transitoire ».

Beaucoup de moines sont issus des milieux aristocratiques et en usent donc afin d’influencer la Cour impériale. À partir de 340, un débat a lieu sur l’obligation ou non, pour les moines, de se prosterner devant l’empereur ; finalement, les moines obtiennent gain de cause.

A l’an 395, le moine Faxian 法顯 (337-422) effectue un pèlerinage en Inde. Il en revient en 413 et traduit les vinaya (les règles monastiques).

Un second moine aura son importance également pendant cette période, il s’agit de Dao’An 道安 (312 – 385). Né dans le nord de la Chine, il se réfugie dans le sud pendant une quinzaine d’années, pendant lesquelles il compilera le premier catalogue de traduction bouddhiques recensant 611 titres.

Représentation d’Amitābha à Kamakura (Japon)
Crédit photo : Dirk Beyer
Soure : Wiki Commons

Il y énonce les règles de vie monastiques, inaugure un culte à Maitreya, c’est-à-dire, le Bouddha joufflu et toujours souriant, décrit comme le Bouddha de l’avenir résidant au ciel Tusita. Il aura pour disciple Hui Yuan 慧遠 (344-416) qui s’installera dans les monts Lu 廬山 (dans le Jiangxi) et instaurera le culte à Amitābha, le Bouddha qui règne sur la Terre Pure.

Contrairement aux bouddhistes du Sud, qui semblent avoir de l’influence auprès de la cour impériale, les bouddhistes du Nord sont, quant à eux, utilisés par les souverains d’origines barbares comme conseillers politiques.

Le bouddhisme de la Chine du Nord est alors un bouddhisme très dévotionnel, préoccupé par la moralité, la pratique religieuse et la méditation qui deviendra le chan 禪, aussi appelé zen en japonais.

À compter du IIIe siècle, deux centres d’intérêts deviennent centraux au sein du bouddhisme : le dyana (la méditation / la concentration) et la prajna (la sagesse). C’est aussi à cette période qu’il y a le développement du centre bouddhique de Dunhuang 敦煌 (dans le Gansu) avec le creusement des grottes de Mogao 莫高 avec ses sculptures et peintures.

Les grottes de Mogao sont habitées jusqu’au XIIe siècle, mais au cours du siècle suivant, le site est fermé, les moines partent et essayent de protéger leur bien le plus précieux : les manuscrits. Cet héritage connait finalement une autre fin. Au début du XXe siècle, en 1905 et 1907, deux aventuriers anglais Stein et Pelliot ont soudoyé le moine qui gardait manuscrit, rouleaux de textes et peintures qui sont emmenés en Angleterre puis en France par Stein.

En France, les œuvres artistiques ont été donnés au Musée Guimet et les manuscrits à la Bibliothèque Nationale de France où ils sont encore conservés aujourd’hui et disponible à la consultation sous forme de catalogue.

Au IIIe siècle, au sein de la société chinoise, surtout parmi les lettrés, qu’ils soient taoïstes ou confucianistes, les relations d’opposition au bouddhisme se multiplient, notamment en raison de son caractère supposé « anti-piété filiale » et de son « manque de respect envers l’Empereur ».

Plus d’infos: Le confucianisme, un courant de pensée pilier de la société asiatique

La communauté bouddhique est considérée comme une sorte d’état dans l’État, une source de sédition et de subversion puisqu’elle ne reconnaît pas l’autorité de l’Empereur !

En 466, c’est la première grande persécution anti-bouddhique qui est ordonnée par l’Empereur Taiwu 太武帝 de la dynastie des Wei du Nord. Il ordonne notamment la destruction des sutras, stupas, ceux-ci vont alors se transformer et devenir ce que nous connaissons aujourd’hui avec la pagode, peintures et la réduction à l’État laïc des moines de moins de 50 ans.

La communauté bouddhique va alors subir tout au long des siècles des persécutions perpétuelles.

La seconde période du bouddhisme en Chine débute à compter du Ve siècle. Elle commence par l’arrivée de mots taoïstes dans son vocabulaire puis l’acceptation de cette idée étrangère avec de meilleures traditions. Elle arrive dans une des capitales des États de Chine, Xi’An 西安, par le moine s’appelant Kumārajīva. Il ira lui-même étudier le petit véhicule et maîtrisa le grand véhicule. Il parlait plusieurs langues et traduira des sutras du grand véhicule et introduira une nouvelle école du bouddhisme, l’école du milieu, insistant sur la sagesse.

Cette école considère qu’entre l’existence et la non-existence, il y a une voie moyenne où les choses n’ont pas de nature propre indépendante, c’est cette sagesse qui consiste à les voir dans leur véritable nature qui est le vide. Par conséquent, pour cette école, tout prend son sens dans le vide.

Il y a alors deux grands types de vérité : une vérité absolue, inconditionnée, et la vérité visible, celle d’apparence.

Peu de temps après la première persécution de la communauté bouddhique, les souverains Wei du Nord lancèrent de grands travaux de creusement et de sculpture des grottes de Yungang 雲崗 (près de Datong 大同, dans le Shanxi), puis à partir de 494, celles de Longmen 龍門 (à côté de Luoyang 洛陽, dans le Henan).

La première école bouddhique chinoise d’importance à apparaître au cours de cette période est nommée Tiantai 天壇宗. Les fondateurs de cette école ont été identifiés comme étant Huisi 慧思 (515 – 577) et Zhiyi 智顗 (538 – 597). Le texte central est le Sutra du Lotus, selon lequel le Bouddha est venu en ce monde pour apporter le salut, c’est-à-dire, un éveil égal au sien et destiné à tous les vivants. Tout homme, qui possède en lui la « Bouddhéité », peut devenir Bouddha. L’école Tiantai est ainsi l’héritière du Madhyamika (la Voie du Milieu).

Toute chose peut alors être considérée comme vacuité, mais en tant que phénomène, la chose jouit d’une existence temporaire et perceptible par les sens. Le fait qu’une chose soit à la fois vide et temporaire consiste en la voie moyenne. Le tout et ses parties sont une seule et même chose. L’école Tiantai met l’accent sur la culture de l’esprit : la cessation / la concentration ( 智 zhì) qui amène à prendre conscience de la vacuité de toute chose, et la visualisation (观/觀 guān) qui, au-delà de cette vacuité, perçoit les choses dans leur réalité temporaire.

La seconde école d’importance à apparaître au cours de cette période est l’école Huayan 华严 qui se base sur le Sutra Avatamsaka ou Sutra de la guirlande. Pour cette école, le bodhisattva Manjusri 文殊菩薩 est l’une de ses figures principales et devient objet de dévotion et plus particulièrement au royaume de Ji (551 – 557) où un prince s’immolera en son honneur. Le Mont Wu Tai 五台山 (Shanxi) où le bodhisattva apparaîtrait devient un lieu de pèlerinage et l’un des premiers monts sacrés bouddhiques.

Carte représentant les quatre monts (en rose) et cinq montagnes (rouge) sacrés du bouddhisme en Chine
Source : Wikipédia

La dernière école d’importance à apparaître au cours de cette période est l’École de la Terre Pure, aussi appelée, Jingtu 淨土. Cette école se base sur le Sutra de la vie infinie. L’école est remarquée surtout par ses pratiques de récitation et de dévotion au bouddha Amitābha. Encore de nos jours, cette école figure parmi les principales du bouddhisme contemporain.

La troisième grande période du bouddhisme en Chine couvre la dynastie des Tang 唐朝 (618 – 907).

La dynastie des Tang est marquée par une période de réflexion sur le bouddhisme chinois et notamment les questions du salut, de l’illumination et des voies pour y parvenir. Il s’agit aussi de l’âge d’or pour le bouddhisme.

La réflexion se concentre sur la possibilité d’atteindre l’éveil en cette vie et sur la croyance en un salut universel pour tous les êtres. La lecture des textes bouddhiques devient alors interprétative.

En 845, la phase de multiplication des écoles survenues auparavant s’achèvent par l’interdiction totale des religions étrangères, qui, malgré sa courte durée, change profondément le paysage bouddhiste chinois.

Une nouvelle école apparaît également à cette période avec le moine Xuanzang 玄奘 (602 – 664). En 629, il quitte la Chine pour faire un pèlerinage en Inde avec pour but d’apprendre le sanscrit et rapporter le plus grand nombre de sutras sur le territoire chinois. En 645, il revient en Chine avec près de 600 textes et passa 19 ans de sa vie à traduire au total 76 textes.

Cette nouvelle école devient alors une école de pensée sous le nom de Yogācāra (瑜伽行). La formule clé de cette école est que le monde n’est que pensée. Le monde extérieur est une illusion et ce n’est qu’une imagination de notre esprit. Cette doctrine développe toute une réflexion sur la faculté des cinq sens, bien qu’il y ait un sixième et septième sens, si on prend en compte la conscience de soi en train de penser et au-delà de cette perspective, une huitième faculté apparaît qui est le lieu de la mémoire.

Et après ?

À partir de la dynastie Song 宋朝 (960 – 1279), la tendance au syncrétisme confucianisme-taoïsme-bouddhisme, qui s’était manifesté au début de l’apparition du bouddhisme, se généralise. C’est à cette époque que le terme des San Jiao 三教 (les Trois Enseignements) apparaît. Il y aura désormais une statue de Bouddha, une de Confucius et une de Laozi (fondateur du Taoïsme).

En plus de cette généralisation entre les trois courants de pensée chinois, la dynastie Song est marquée par la fondation de L’École du Lotus Blanc, Bailian Jiao 白蓮教, qui donnera naissance au cours des siècles suivants à une multitude de sectes pas vraiment bouddhiques.

La fin du Xe siècle est aussi marquée par la première impression de la totalité du corpus bouddhique, soit l’ensemble des sutras appelé Dazongjing 大宗境.

Le bouddhisme aura eu une forte influence dans le domaine technologique de l’époque, il est l’un des facteurs de la création de l’imprimerie, le but étant d’étendre la religion, par l’impression de nombreux exemplaires, ce n’est pas étonnant que ce dernier ait pu jouer ce rôle.

Les échanges entre les écoles Chan et de la Terre Pure s’intensifient et se renforcent un peu plus à compter du XVIIe siècle à travers la dynastie Ming 明朝 (1368–1644).

Cette tendance d’intensification s’accompagne d’une sinisation, généralisation et d’une laïcisation accrue du bouddhisme.

Sous la dynastie des Ming, le mouvement Wu Wei 無爲教 (aussi appelée Secte Luo) fondé par le moine Chan Luo Qing 羅清 (1443 – 1527) fait son apparition. D’emblée syncrétique puisqu’il vénère une divinité taoïste, il fut à l’origine du Zhai Jiao 齋教, soit, le bouddhisme laïc déjà préconisé par l’École du Lotus Blanc.

Le bouddhisme a également atteint les croyances populaires. Ces croyances populaires continuent d’absorber des éléments bouddhiques avec l’intégration d’Avalokitésvara, connue en Chine sous le nom de Guanyin 觀音, adorée et vue comme une divinité dans la religion chinoise. Elle était autrefois un homme puis avec un mélange des religions locales, elle devient une femme qui distribue ses bienfaits. Au cours de la dynastie Yuan 元朝 (1271–1368), d’origine mongole, cette divinité avait près de mille yeux et bras suite à l’influence du bouddhisme venu du Tibet.

Représentation de Ksitigarbha sur le mont Osore (Japon)
Crédit photo : Jpatokal

Parmi les divinités bouddhiques intégrées aux croyances populaires chinoises, on peut mentionner Ksitigarbha et Yama, roi des Enfers, qui, en plus d’avoir leur importance dans le bouddhisme, deviennent des divinités populaires.

Au cours de la période contemporaine, soit le XXe et XXIe siècle, le bouddhisme s’intégre davantage, avec une période précédente consacrée à une reprise, voire une renaissance des études bouddhiques.

En 1945, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Kuomintang 中國國民黨 de la République de Chine reprend le pouvoir à Taïwan après 50 ans d’occupation japonaise. L’arrivée du Kuomintang permet un recentrement sur l’étude des sutras sur l’île, mêlant une certaine orthodoxie dans sa pratique. Cette période est marquée par un désir de démarcation au sein de la religion populaire afin d’être une partie prenante de la communauté bouddhique internationale. Cette tendance s’est poursuivie jusqu’au dernier quart du XXe siècle par l’élévation générale du niveau d’éducation des Taïwanais.

Le bouddhisme connait un tel succès que le nombre de jeunes adultes souhaitant rejoindre la vie monastique est en augmentation, la tranche d’âge la plus touchée est celle des jeunes diplômés universitaires, qui augmente de près de 700 % dans les années 1980.

En 1989, on dénombre près de 4,5 millions de bouddhistes sur l’île, soit 20 % de la population de l’époque. Néanmoins, ces chiffres sont finalement faussés puisque les membres de la religion populaire étaient aussi comptés parmi les bouddhistes.

De nos jours, le bouddhisme à Taïwan est présent au sein de l’activisme social, on le retrouve notamment auprès des structures suivantes :

  • L’Association du Mont de la Lumière du Bouddha Fo Guang Shan 佛光山 qui est une grande organisation culturelle, éducative et charitable, fondée par Maître Hsing-Yun 星雲法師 ;
  • Le Maître Sheng-yen 聖嚴法師 milite pour la protection de l’environnement ;
  • La fondation des Aides charitables, Tzu Chi 慈濟基金會, fondée par le Maître Cheng-yen 證嚴法師.

En 1953, en République populaire de Chine, l’association bouddhique patriotique est fondée, avec à sa tête, le Maître Yuanying 圓瑛法師. L’objectif de cette association est de faciliter le contrôle des autorités chinoises sur l’ensemble des activités monastiques.

La Chine connait alors une restriction progressive des activités religieuses jusqu’à un arrêt total pendant la Révolution culturelle, les ordres bouddhistes disparaissent presque intégralement du territoire chinois. 

Depuis la fin des années 1970, le bouddhisme connaît, comme les autres religions présentes sur le territoire chinois, une phase d’expansion sous un contrôle étroit du gouvernement.

Actuellement, il y aurait entre 70 et 150 millions de bouddhistes appartenant aux trois courants, mais l’immense majorité se rattache au mahāyāna. Néanmoins, le second courant le plus important en Chine serait celui du vajrayāna (le bouddhisme tibétain) avec près de 7 millions de pratiquants dans les années 1990.

Pour conclure

Le bouddhisme a joué un rôle important dans l’histoire de la Chine depuis son introduction, et dispose, encore aujourd’hui, d’une forte influence dans la société.

De même, bien que le bouddhisme soit originaire d’Inde, nous avons pu voir à travers cette première partie que la Chine est parvenue à intégrer cette religion au sein de sa propre culture.

Dans la seconde partie, nous traiterons le bouddhisme sur la péninsule coréenne et au Japon afin de voir comment ces deux pays ont intégré cette religion au sein de leur culture et voir son évolution.

Pour aller plus loin

Bien entendu, le sujet du bouddhisme est uniquement effleuré que ce soit dans ses concepts, sa philosophie et sa profondeur, mais nous vous invitons à consulter d’autres supports afin de mieux comprendre cette religion dans son ensemble :

Ressources disponibles gratuitement en ligne :

  • Les fondements du bouddhisme, Paul Magnin (lien)
  • Lalitavistara, Francis David, site internet recensant de nombreux éléments sur le bouddhisme (lien)

Livres :

  • Histoire de la pensée chinoise, Anne Cheng, Editions du Seuil (1997)
  • Le monde chinois (trois tomes), Jacques Gernet, Armand Colin (2005)
  • Bouddhisme, 365 us et coutumes, Nicolas Masson et Maguy Ly, Chêne (2013)

Publié par Corall

Passionnée par l'Asie depuis mon plus jeune âge, j'ai eu la chance de pouvoir visiter certains de ses pays, et notamment, la Chine, le Japon et la Corée du Sud. J'ai également eu la chance de pouvoir vivre un an en Chine dans le cadre de mes études et souhaite aujourd'hui vous faire découvrir les incroyables expériences que nous avons pu vivre lors de nos séjours.

2 commentaires sur « Le Bouddhisme en Asie : introduction et adaptation d’une religion à la culture locale (Partie 1) »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :